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 COUNTING SHEEP (MARJA)

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MessageSujet: COUNTING SHEEP (MARJA)   Jeu 20 Aoû - 20:04

Je le tiens dans mes bras, contre ma poitrine et il pleure, il pleure, il pleure.
Je me dis que la chaleur de mes bras frêles, de mon torse maigre et de ma voix finiront pas le calmer. J’essaie, j’essaie mais je n’y arrive pas. J’embrasse son petit crâne et ses cheveux tout doux et rien n’y fait. Rien. N’y. Fait. Son visage est tout rouge et surtout tout bouffi à cause des larmes et de la tristesse.
- Bah alors mon garçon, qu’est-ce qui va pas … Papa est là, papa est là …
Je murmure contre son visage, je le berce un peu. Il pleure toujours, il crie contre les murs de l’appartement. Je sais pas pourquoi il est si triste, pourtant j’ai tout fait, j’ai fait attention à ce que le biberon soit pas trop chaud, qu’il ait sa petite veilleuse avec les animaux de la forêt dessus allumée, je lui ai fait un bisou sur le front pour qu’il s’endorme.
Est-ce qu’un jour il dira à ses copains d’école que son papa c’est le plus beau, le plus grand et le plus fort ? Que sa maman fait les meilleurs gâteaux du quartier, que c’est la plus belle et qu’elle chante bien ? Est-ce qu’un jour il me dira « je t’aime papa » ? Ou est-ce qu’il continuera de hurler dans mes oreilles sans que je sois capable de le calmer, de l’apaiser avec mes mains et ma voix ?
Je vais le reposer dans son lit de bébé.
J’abandonne.
C’est parce que Marja est pas là. Marja elle s’en sort mieux que moi. Elle doit avoir ce sixième sens féminin, un truc donné par les étoiles pour donner aux femmes le pouvoir d’élever les enfants sans pleurs ni cris.
Je me laisse tomber sur le canapé, là où je dors. Marja a sa chambre à elle. On ne dort pas ensemble, on ne se connaît pas tellement elle et moi. Les rares fois où on est proches c’est quand je la ramasse à la petite cuiller dans l’appartement, quand je pars à la chasse de tous ces petits morceaux d’elle qui ont éclaté dans les pièces du logis.
Marja est un puzzle très, très difficile.
Je n’ai jamais réussi à le terminer, il manque toujours quelques pièces, ou alors je n’arrive pas à les assembler, tout simplement.
En fond sonore il y a toujours les cris et les pleurs de notre enfant.
Je ferme les yeux très forts et j’allume une cigarette dans la pénombre du salon.
- Pourquoi t’es pas là, Marja … pourquoi t’es jamais là quand il faut, quand j’ai besoin de toi …
Pourquoi Marja, hein ? Pourquoi tu fais ça ?
Pourquoi tu t’en vas tout le temps ? Je sais qu’ici c’est pas joli, qu’il y a des tâches d’humidité, qu’on entend les voisins du dessus, du dessous et d’à côté, je sais que le soleil rentre jamais par les fenêtres et qu’il y a beaucoup de marches à monter.
Mais quand même …
On est là, nous …
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MessageSujet: Re: COUNTING SHEEP (MARJA)   Ven 21 Aoû - 13:27

Marja regarde par la fenêtre du taudis, c’est pas le sien mais c’est tout pareil, enfin tout pareil que le sien il y a les mêmes fenêtres pourries les mêmes murs gris et les lattes de parquets qui essayent de s’enfuir et qui font qu’on s’y prend parfois les pieds, qu’on tombe et qu’on les insulte comme si elles vivaient. Quand elle y pense Marja se dit que c’est mieux comme ça, mieux que le parquet ne vive pas parce que quelle vie de chien de se faire marcher dessus et clouer le os, même s’ils sont de bois.
Cet appartement est tout pareil et très différent, ça se sent, il manque quelque chose et pas seulement les cris d’un bébé en fond sonore presque permanent non, ce qu’il manque, c’est surtout ce petit-bout-d’eddy qu’il laisse traîner partout chez lui, sur les murs les meubles et même les couverts, les assiettes, tout ce qui traîne par terre et dans les étagères (elles aussi, pleines de morceaux de lui). Il laisse traîner partout son odeur et quand elle voit ça et qu’elle se heurte aux fantômes qu’il laisse traîner, elle se sent terriblement triste. Elle ne sait pas pourquoi, Marja, pourquoi cette tristesse pourquoi les pourquoi, pourquoi eux pourquoi ça. Elle ne sait rien alors elle se contente d’exploser dix fois par jour au contact des spectres sans vies-pleins de vie qui paressent dans l’appartement (pas celui-ci).
Eddy est terriblement gentil ça lui retourne le cœur alors elle lui crie dessus parce que c’est tellement plus facile de faire mal aux autres quand c’est nous qui sommes couverts de bleus. Sur son cœur et partout dans son intérieur, Marja a toute une collection de bleus, de toutes les couleurs.
Couleur amour, couleur bébé, couleur parents qui ne sont plus là, couleur malheur, couleur humidité, couleur souvenirs d’été, couleurs… toutes les couleurs d’une vie.
Toutes les couleurs de sa vie.
Et pendant qu’elle est là dans l’appartement pourri et qu’elle regarde sa tour à elle, enfin à eux, la grande Uranus toute géante et bancale elle se dit que peut-être, il serait temps de rentrer. Elle avait oublié.
Il y a des rires dans la pièce d’à côté.
Elle soupire et descend de la cuvette des toilettes (elle était debout dessus pour voir le ciel), tire la chasse pour faire semblant et puis s’envole vers les filles qui rigolent, elle dit :
- Bon je dois y aller.
elle sourit presque pour de vrai, fait un geste de la main en réponses aux leurs puis s’enfuit vers l’endroit qu’elle ne cesse de fuir-retrouver. Surtout le retrouver.
Elle marche et ça lui prend une éternité, elle a les mains enfoncées dans son sweat usé et elle se sent pousser des ailes de béton assez lourdes pour la faire tomber d’un coup en arrière et l’immobiliser là, par terre, sur le sol et pour toujours. Alors elle n’aurait plus qu’à attendre de devenir sol à son tour.
Quand elle arrive enfin en haut des marches de la tour où ils dorment et qu’elle a du feu dans les cuisses d’avoir gravi toute seule la montagne de marches et que son souffle souffle un peu de traviole, elle entends les cris.
Les pleurs de son bébé, de leur bébé, percent la porte comme une armée d’aiguilles et lui transpercent le cœur aussitôt. Elle soupire.
C’est fatiguant d’aimer tellement. C’est fatiguant d’être fatigué.
Elle pousse la porte même pas fermée, laisse tomber son sac plein de trucs trouvés ici et là sur le seuil et d’ici elle aperçoit Eddy, qui disparaît dans la fumée de sa cigarette. Ça lui retourne l’intérieur presque instantanément elle presque instantanément aussi elle s’en veut parce qu’elle sait qu’elle va crier et que c’est pas juste de lui crier dessus. Pas vraiment.
- Pourquoi tu fumes à l’intérieur ??? Et puis pourquoi il pleure ?? les mots furibonds bondissent hors de ses lèvres de poupée un peu ratée (quand même) et elle lui passe devant en déchargeant sur lui toutes ses tonnes de béton armées qui lui poussent dans le dos (elle en garde quand même la moitié).
Elle fonce en même temps vers le lit du bébé, de leur bébé, et elle prend le garçon miniature entre ses bras de fée et elle caresse sa tête en lui disant qu’elle est là que c’est fini que ça va aller et dix milles autres choses comme ça. Ce n’est pas seulement de l’aimer qu’elle est fatiguée, c’est de tout ça et puis de lui aussi. Et elle a mal de se dire ça. Les pleurs redescendent maintenant qu’il est dans ses bras mais il sanglote encore un peu et elle reporte sur Eddy son attention en lui demandant :
- Il est propre ? enfin je veux dire, t’as vérifié sa couche ?
Elle dit ça plus calmement, sans trop de colère voire pas du tout, avec des presque-pardons à la place qu’il faut deviner entre les mots. Elle berce Simon en même temps.
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MessageSujet: Re: COUNTING SHEEP (MARJA)   Ven 21 Aoû - 20:56

Quand Marja va rentrer dans l’appartement, notre taudis mal éclairé avec nos odeurs et nos cris imprimés un peu partout, je sais que ça va faire un ouragan. Un violent orage avec des reproches qu’elle va me balancer à la tête un peu comme les tornades qui emportent tout sur leur passage puis recrachent des débris dans leur furie. Marja c’est un peu ça, c’est un peu un typhon, un grand raz-de-marée. Et puis après la tempête se calme aussi vite qu’elle est arrivée et il ne reste plus que le sel de ses larmes qu’il faut effacer et son maquillage qui a coulé de partout qu’il faut nettoyer avec du sopalin ou des mouchoirs ou parfois mon tee-shirt. Il faut éponger cette grande sensible, la tenir un peu, embrasser son crâne, ses cheveux bataille jusqu’à ce que les larmes de ses yeux ne sèchent.
Un peu comme les enfants.
Lui promettre de belles choses, la bercer avec des « ça va aller, ça va aller … », lui faire des pansements avec des mots couleur soleil et parfum étoile.
La porte s’ouvre en grand et la tornade brune bouillonne dans le salon mal rangé.
- Pourquoi tu fumes à l’intérieur ???Et puis pourquoi il pleure ??
Elle crie, elle crie et ça perce mes tympans et il y a les cris de Simon aussi derrière et mon soupir qui s’échappe de mes lèvres, qui implore dans un souffle un peu de silence, un peu de calme. Moi, je ne réponds pas à sa première question parce que je sais que ça sert à rien de l’énerver encore plus, de la rendre encore plus volcanique. Mais moi je suis las, je suis las et j’oublie les règles à la maison, j’ai pas envie de descendre toutes les marches de la tour pour pouvoir aller m’en griller une. Je peux pas non plus laisser Simon tout seul à ébranler les murs de la galaxie.
Alors quoi, je la fume ici, ma cigarette. Je fume toujours ici quand Marja s’en va, les fenêtres grandes ouvertes et puis après je mets du pschit ou alors du déodorant dans l’appartement pour que ça sente la pollution du dehors ou moi plutôt que le tabac froid.
Marja se rue et je l’entends murmurer contre Simon un peu les mêmes choses que moi : de faux mots qui rassurent, qui persuadent.
- Il est propre ? Enfin je veux dire, t’as vérifié sa couche ?
Je me tourne vers elle et j’écrase ma cigarette dans une assiette pleine de restes.
- J’ai regardé, oui. Je lui ai donné son biberon et je l’ai couché, je lui ai parlé un peu et puis je l’ai embrassé sur le front, je sais qu’il aime bien ici … Mais il arrête pas de pleurer, pleurer, pleurer et moi ça me rend fou et toi t’es jamais là, mais moi je sais pas je …
Je sais pas ce que c’est un bébé, moi. C’est un tout petit Eddy, qui pleure et qui crie beaucoup plus, qui fait des caprices, qui sourit aussi parfois, qui regarde les objets avec peur ou curiosité. C’est un tout petit Eddy qui nage avec nous, qui essaie de grandir dans nos eaux sales et mouvementées.
- C’est pas facile tout seul.
Je m’approche d’eux. Je vois ces deux silhouette et je me dis : c’est ma famille. C’est une très jolie fille et un beau bébé avec de grosses larmes au bord des yeux. C’est une famille très bancale, qui avance avec des béquilles sans savoir s’en servir.
Je reste près d’eux et je ne sais pas quoi faire de mes bras. J’avance ma main pour caresser la tête de mon fils et mes doigts effleurent ceux de Marja. Mes yeux se lèvent vers elle.
Je la regarde.
Je regarde sa bouche que je n’ai jamais réembrassée depuis cette fameuse fois. Je regarde son nez, ses oreilles, ses cils, son cou, ses cheveux. Je me demande ce que sera Simon quand il aura notre âge, s’il aura sa fougue ou ma timidité. S’il aura sa tristesse ou s’il cherchera, comme moi, à s’accrocher à toutes les lumières du jour, celles qui rendent la vie plus belle, moins grise.
Je regarde Marja et je la trouve très belle même s’il y a deux grands orages dans ses yeux, même si elle ne sourit pas beaucoup, même si elle crie et pleure à la fois, même si elle ne sait pas toujours comment faire, même si parfois elle disparait, même si parfois elle me traite comme un moins que rien.
Mais parfois Marja me regarde et elle me fait sentir comme quelqu’un.
Quelqu’un de bien.
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MessageSujet: Re: COUNTING SHEEP (MARJA)   Sam 22 Aoû - 17:10

C’est assez dur de respirer quand on a un cœur perforé et qui tourne pourtant à plein régime comme un ventilateur géant et qui fait tourner, tourner, tourner dans tous les sens et n’importe comment les choses de l’intérieur d’un corps. Oh le problème c’est pas les poumons ou les autres organes parce qu’eux ils restent là ils ne bougent pas, à part par fois l’estomac qui se serre ou des trucs comme ça, c’est dur de respirer parce que c’est comme être sous l’eau et nager à fond vers la surface et la voir s’éloigner à chaque mouvement de brasse. Alors on patine dans la farine liquide et on suffoque et c’est ce qu’elle fait Marja, elle suffoque.
Elle suffoque dans son océan de vie qui se répand partout à l’intérieur, d’elle-même d’abord puis quand son corps est fatigué de retenir tout le temps ces mini-tsunamis qui cognent partout, quand il est trop fatigué le corps alors il lâche et il explose et les vagues viennent tout noyer dans l’appartement. Elle déteste ça, Marja.
Elle déteste se sentir à deux doigts d’imploser-exploser et puis surtout le faire, et plus encore elle déteste voir dégouliner les torrents d’eaux salées parfois tellement gros qu’ils pourraient tout emporter et noyer Eddy, et puis Simon aussi, en même temps que les lattes du plancher les meubles les assiettes le papier peint décroché et puis remplir l’appartement tandis qu’elle, impuissante et éparpillée comme un verre cassé, ne peut qu’attendre de se recomposer. Ça prend plus ou moins longtemps.
Mais surtout elle déteste Eddy de voir ça d’assister à tout ça, tout ça qu’elle a su cacher pendant des années à sa propre mère, sa propre mère qui l’a abandonnée sans rien dire. Qui l’a laissé partir.
Parfois elle regarde Simon et elle se demande si quand il sera plus grand elle recommencera à tout cacher-rien dire garder dans le cœur et souffrir dans sa chambre toute seule le soir et pleurer sur son sort et pleurer de le faire parce que son sort pourrait être pire.
C’est vrai qu’ils sont en bonne santé qu’ils ont un toit qu’ils ont un très beau bébé mais c’est justement ça le souci : ils ont un bébé.
Eddy comme Marja sont comme deux fleurs qui n’ont pas fini de pousser, qui n’ont même pas encore toutes leurs jolies couleurs et qui pourtant ont déjà une, deux, dix ou dix mille pétales fanées. Eddy et Marja sont deux enfants qui ont pris dix ans d’un coup et qui jouent à être adultes parce que c’est comme ça, ils n’ont pas le choix. Ils ont pris dix ans d’un coup dans la gueule et ça fait plutôt mal dix ans, on dirait pas mais c’est gros, dix ans, surtout pour des enfants. C’est gros et ça fait mal, ça laisse des bleus partout, sur le cœur le corps l’esprit, ça laisse des bleus gros comme la vie qui ne partiront jamais vraiment. Ils n’ont pas le corps élastique assez pour endurer tout ça.
Tout ça c’est quoi, c’est pas seulement leur vie, c’est celle de Simon aussi, et Simon il a beau être minuscule et avoir des airs de toute petite petite petite étoile il a une vie énorme qui prend beaucoup de place dans l’appartement.
Entre les bras de Marja aussi il prend une place énorme, moins que dans son cœur c’est vrai mais ça laisse déjà une idée. Elle ne sait pas d’où elle sort cette force-là pour le porter des heures dans ses bras de toute petite fée en fil de fer. Ça lui fait mal parfois et souvent elle a des crampes mais ça ne fait rien, enfin ça ne lui fait rien et elle continue d’embrasser son front et de le bercer en lui disant qu’elle l’aime et des tas de choses comme ça. Parfois même elle regarde Eddy si il est là et puis elle lui sourit comme pour lui dire merci d’avoir glissé quelques morceaux de lui dans les yeux de Simon qui sont comme des aimants à soleil, lumière, tout ça, comme ceux de son papa qui savent si bien saisir la beauté et la joie là où personne ne les voit. Personne et puis surtout pas Marja.
Alors dans les moments comme ça quand elle est toute courbaturée de porter son tout petit petit bébé-géant mais qu’elle a le cœur plein de chaleur et que ça la chauffe partout elle regarde Eddy et elle lui dit merci avec les yeux. D’être là et d’être lui.
Mais là elle le regarde et elle ne lui pas vraiment merci parce qu’il y a trop plein d’éclairs dans son regard et qu’elle voudrait seulement arracher sa cigarette d’entre ses doigts et lui jeter à la figure en criant des mots comme un tonnerre. Mais il écrase le mégot fumant dans une assiette pleine de restes et elle n’aurait rien fait de toute façon parce que si elle est assez forte pour porter Simon elle a encore du mal à le faire un avec seul bras. Elle a dans les yeux des tas d’éclairs un peu vacillants qui ne savent pas très bien ou se fixer, sur Eddy où sur l’espèce de cendrier.
- J’ai regardé, oui. Je lui ai donné son biberon et je l’ai couché, je lui ai parlé un peu et puis je l’ai embrassé sur le front, je sais qu’il aime bien ici … Mais il arrête pas de pleurer, pleurer, pleurer et moi ça me rend fou et toi t’es jamais là, mais moi je sais pas je …
Il la regarde et ça achève d’éteindre les éclairs parce que tout de suite elle sent son cœur se serrer de réalité. Ca fait mal à l’intérieur et elle commence à avoir un peu envie de pleurer.
Alors oui c’est vrai qu’elle n’est pas souvent là mais c’est pas tout le temps comme ça et puis parfois c’est lui, c’est Eddy qui disparaît et elle s’imagine qu’il est reparti jouer au voyou et cracher sur les trottoirs, qu’il en a eu marre d’eux d’elle des cris et qu’il a dit c’est bon c’est fini, elle se dit qu’il ne reviendra pas et jamais elle ne lui dit. Quand il rentre elle recommence à crier t’étais où t’étais où ou alors elle ne fait rien mais elle ne lui dit rien, jamais, des peurs qui lui torpillent le cœur. Alors oui c’est vrai qu’il pleure beaucoup Simon et que c’est rien qu’un bébé qui s’est écrasé là comme un astéroïde entre eux et qu’il ne sait pas quoi faire de ça, mais elle non plus elle ne sait pas. Tu sais Eddy c’est pas facile tu sais Eddy elle a mal aussi Marja, elle a mal là, à l’intérieur et c’est pas parce que pendant neuf mois les morceaux de Simon se sont assemblés en elle qu’elle le comprend mieux que toi et que c’est plus facile de jouer à la maman.
- C’est pas facile tout seul.
Les mots qui tombent de la bouche du garçons sont lourds, lourds, lourds comme du béton et ils lui tombent dessus, et ça l’écrase, l’écrase, l’écrase… elle se sent horribles d’être ce qu’elle est, elle se déteste d’être cette Marja là qui n’est jamais là et qui pour se défendre répond toujours des toi non plus t’es pas là ou des trucs comme ça, ou qui crie sans raison ou qui rigole trop fort ou qui pleure dans son t-shirt. Elle se sent horrible d’être la Marja qui a détruit sa vie en ne détruisant pas la vie qui poussaient dans son ventre, d’être la fille qui lui a volé son canapé son appartement son temps, et puis aussi d’être la mère de cet enfant qu’elle ne sait qu’aimer trop fort, d’être une Marja absente d’être un coup de vent ou bien une tornade dans l’appartement, puis d’autres fois d’être un torrent de larmes et d’autres encore de n’être rien, rien d’autres que Marja avec Simon et Eddy, Marja qui dort dans le lit d’Eddy et Eddy dans le canapé et Simon entre eux qui pleure dort ou fait sa vie qu’ils essayent de l’aider à construire sans trop réussir. Mais même si elle se la joue fantôme un peu trop souvent elle n’a qu’à regarder Simon pour se dire qu’au fond, elle ne partira jamais. Pas trop longtemps.
Elle relève les yeux qu’elle avait baissé sur le visage de son bébé pour se protéger du poids de vérité des mots d’Eddy et elle plonge dans les siens ses yeux comme une promesse.
- T’es pas tout seul.
T’es pas tout seul Eddy je partira pas, jamais, jamais, jamais. Promis c’est la dernière fois, promis demain je serai là, promis la prochaine fois c’est toi qui pourra partir et ne revenir que dix heures plus tard sans jamais dire où t’étais passé, promis c’est… promis c’est quoi ? ils n’arrêtent pas de se dire ça, de se promettre entre eux et à eux et surtout à Simon que c’est la dernière fois qu’ils l’oublient, la dernière fois qu’ils ne sont pas là etc, mais pourquoi pas cette fois se promettre d’arrêter de mentir parce que les promesses ça ne change rien et elles aussi on les oublies, elles aussi ils les oublient et le lendemain encore ils disparaissent chacun leur tour, parfois tout le deux mais jamais à deux.
Ils ne vont jamais bien loin, ils sont coincés dans leur galaxie mais ça suffit pour s’enfuir et distribuer des sourires aux garçons (les autres) de la cité et rire trop fort et dormir chez des copines tout ça. Ça lui suffit à Marja.
Maintenant Eddy est là tout près d’eux, il a la main dans les cheveux tout courts tout doux de leur bébé et ses doigts un temps ont effleuré les siens et elle le regarde pendant qu’il la regarde et elle essaye de lui dire pardon, pardon d’être moi, et elle le laisse faire et ils sont là à se regarder comme ils ne le font jamais et ils ont 17 et 19 ans et déjà on dirait des grands.
Elle a dans les yeux la tristesse de la réalité des mots d’Eddy mais des reproches aussi, ils reviennent toujours parce que ce qu’il dit qu’il est tout seul c’est vrai mais elle pourrait dire ça aussi et quand il lui dit ça elle a l’impression que la pire c’est elle et c’est peut-être vrai alors elle se déteste et elle le déteste de la faire se haïr comme ça. C’est comme ça qu’ils s’aiment si on peut appeler ça s’aimer, c’est en se déconstruisant pour se reconstruire et se re-détruire après, et puis ce n’est même pas de l’amour comme celui de deux amants, c’est l’amour qu’ils ont pour Simon qui les fait s’aimer comme des amis bloqués dans une partie de papa-maman sans fin jamais.
Mais Simon qui s’était tu pendant un moment comme s’il sentait la douceur et la fragilité de l’instant et qu’il ne voulait surtout, surtout pas la casser fini par le faire en recommençant à pleurer un peu moins fort quand même qu’avant. Marja baisse les yeux vers lui et puis oublié le calme qui avait endormi même les bruits de voiture derrière les murs.
Elle le berce et elle s’échappe du regard d’Eddy en se mettant à marcher dans l’appartement en disant « là, là » et elle soupire parce qu’il ne se tait pas et qu’elle aussi elle est fatiguée et qu’elle aussi elle voudrait du silence et qu’elle aussi elle a envie de crier de joie ou bien de colère et qu’elle aussi elle a envie de pleurer et de faire tout un tas de trucs qu’elle ne peut pas faire ou plus faire seulement rêver. Elle tourne en rond dans leur maison dans les nuages du ciel ou de la pollution d’en bas, tourne en rond en murmurant tout bas. Puis entre deux cris de bébé inondés de larmes de ce même bébé elle se retourne vers Eddy.
- Comment on va faire s’il est malade un jour ? comment on va payer le médecin et puis qu’est-ce qu’on fera si on nous dit qu’il a une grave maladie ou un truc comme ça et qu’il faut tout un tas de traitements et de trucs comme ça ?
Comment on va faire pour savoir s’il pleure juste parce que c’est comme ça, ou qu’il a faim, ou mal quelque part et puis comment savoir où il a mal quand ça sera le cas, comment on va faire pour savoir si c’est de la fièvre ou si c’est juste qu’il a trop chaud, comment on va faire quand on aura parcouru tous les livres qui disent ce que bébé a et qu’on l’aura dans les bras sans être capables de trouver la solution pour le calmer et comment on va faire pour s’occuper de lui quand on sait même pas s’occuper de nous, comment, comment tout ça ?
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MessageSujet: Re: COUNTING SHEEP (MARJA)   Sam 22 Aoû - 21:45


- T’es pas tout seul.
C’est ce qu’elle a dit. J’aimerais lui expliquer que malgré elle, malgré Simon, je suis seul, je suis terriblement seul. Je ne vois plus qu’eux deux, je vis pour eux, je me lève pour eux, je pense toujours à eux et je commence peu à peu à m’oublier. Eddy le jeune garçon est en train de s’effacer pour laisser place à Eddy le presque adulte, Eddy le garçon à l’enfance avortée, Eddy le papa, le père de la famille. Oui mais Eddy n’a pas les épaules, Eddy n’a pas fait de muscu et ses muscles sont bien pauvres et ses épaules bien frêles. Pour l’instant tout tient en équilibre au dessus de sa tête mais il suffit d’un coup de vent pour que tout s’écroule et l’emporte dans son passage. Eddy voudrait être tellement mieux, plus grand, plus fort, moins ado et surtout plus adulte, plus responsable, avec des solutions à tout et des horizons très clairs et lumineux.
Mais je rêve.
Je rêve un peu trop.
Quand on se regarde, là, comme ça, le silence s’installe et tout devient très calme, très ralenti. C’est un peu comme si l’un lisait dans les yeux de l’autre, c’est un peu comme si on s’envoyait des messages grâce aux battements de nos cils. Le problème c’est que Marja et moi on est à des années lumières l’un de l’autre et je sais pas comment faire pour nous rapprocher, pour essayer d’atterrir sur sa planète. Pour l’instant on s’envoie des signaux lumineux, des lanternes, des étoiles filantes un peu en vrac l’air de dire « eh, j’suis là, m’oublie pas ». C’est pas une franche réussite. On se perd souvent de vue, avec Marja, on s’engueule, on brise des assiettes parfois, on s’évite, on se mure dans le silence aussi. Mais on s’aime un peu, je crois. Si on était indifférent l’un à l’autre, on n’aurait pas ce comportement un peu anormal. Ce qui nous rapproche, vraiment, c’est ce petit être, ce mélange audacieux d’elle et moi, cet astéroïde qui a pris forme dans le ventre enflé de Marja. Quand Simon sera grand garçon j’aimerais qu’il comprenne qu’on est deux bons et beaux parents, qu’on a u peu merdé dans le passé mais que maintenant, mon fils, regarde-nous comme on s’aime et comme on t’aime surtout, regarde comme on s’est saigné pour t’offrir des rêves et des morceaux de ciel, regarde ce qu’est l’amour …
Est-ce que pour ça on doit partager le même lit, avec Marja ? Est-ce que je dois l’enfermer dans l’étau de mes bras la nuit venue pour la protéger des cauchemars, des monstres de sous le lit, des tueurs, des méchants, des voyous (les vrais, cette fois) ? Est-ce que je dois l’embrasser sur la bouche, la regarder avec douze mille galaxies dans chaque œil, lui caresser les cheveux, lui passer une main dans le dos puis sur la taille ? Est-ce que je dois lui offrir des fleurs, l’emmener au cinéma d’abord puis à l’étranger ensuite ?
Eh, c’est quoi s’aimer, c’est quoi l’aimer ? Et puis comment faire aussi ?
Simon nous rappelle à l’ordre en se remettant à pleurer. Marja disparait avec l’enfant contre son sein et toujours ses mots doux pour l’apaiser, le rassurer. Moi je reste impuissant face à tout ça, face à elle et Simon, face à notre appartement, notre famille décousue, le ciel gris, les immeubles, les autres, tout, tout, tout.
- Comment on va faire s’il est malade un jour ? Comment on va payer le médecin et puis qu’est-ce qu’on fera si on nous dit qu’il a une grave maladie ou un truc comme ça et qu’il faut tout un tas de traitements et de trucs comme ça ?
Je fronce les sourcils et je deviens un peu livide, là, d’un coup. Je pense : pourquoi est-ce qu’il tomberait malade, pourquoi tu parles de ça Marja, faut pas penser à ça, regarde-le Simon c’est un bébé triste mais en bonne santé, il va bien, notre petit Simon, il tient la route, ce gosse (pour l’instant).
Je m’approche de ces deux êtres qui prennent si peu et à la fois toute la place (à l’intérieur de moi et de l’appartement). Mais mes bras restent ballants autour de mon corps, mes yeux font la navette entre lui et Marja.
- On va le soigner, je travaillerai plus, deux fois plus s’il le faut, je vais me démener pour lui, pour toi … J’ai promis.
J’ai promis que je ne partirai pas, que je comptais bien rester, prêter main forte, vous sauver tous les deux, vous aider à mieux vivre, peut-être même à être heureux, sinon à sourire un peu plus que les autres habitants de la galaxie.
Puis si bébé tombe malade c’est pas grave on mangera un peu moins, on se privera s’il le faut, on fera des trucs, on déplacera des montagnes, des planètes, même …
- Faut pas qu’tu penses à ça, Marja … Faut que t’arrêtes de penser au pire, à ce qui pourrait arriver d’affreux et de dévastant pour tous. Regarde-nous ! On n’est pas parfaits, non, mais personne n’est malade, tout le monde va bien.
j’essaie d’être convaincant, de croire en mes propres mots, de leur donner du caractère et de la force parce que c’est vrai, j’ai envie d’y croire, j’ai envie de persévérer dans l’idée que tout ira bien, que tout va finir par s’arranger, finalement. Au moins à force de traquer chacun des rayons du soleil on va finir par aimer la vie petit bout par petit bout, on va apprendre à devenir de grands optimistes, on va pleurer moins aussi ou alors pleurer de joie mais on va arrêter de paniquer, de se retourner dans tous les sens, de crier, de faire du mal et surtout de se faire du mal.
C’est pas facile d’être Eddy.
Il faut avoir du courage pour deux, sourire pour deux, vivre pour deux. Il faut savoir écouter, réconforter, il faut être patient et fort dans sa tête, aussi. Il faut devenir un mur, un rempart, quelque chose de grand et de fort pour absorber les chocs et protéger des monstres sous le lit.
Mais voilà c’est fatiguant d’être Eddy.
Je voudrai bien être celui que l’on prend dans ses bras, celui qu’on écoute, celui qu’on réconforte. Je voudrai être celui à qui on dirait tu verras, ça va aller, t’en fais pas, j’suis là, moi. Je vais te tenir la main, t’épauler, t’aider à rester debout, sur tes deux grandes cannes, même si t’y crois plus.
Je tends les bras vers Simon pour le prendre à mon tour et le garder contre moi. Je regarde ses gros yeux trempés, ses joues rondes et rouges, sa tête fatiguée.
- On va aller dormir mon bonhomme, d’accord ? On va aller faire de très beaux rêves et on va laisser papa et maman se reposer, on va faire le silence … Et puis demain on ira se promener dehors et on ira voir les oiseaux dans les arbres …
Et tout en parlant j’embrasse son crâne et je le ramène à son lit de bébé où je le dépose, où je ferme les volets et allume la veilleuse.
Les pleurs s’estompent lentement.
Je retourne à Marja. Je voudrai lui prendre les mains ou alors le visage mais je la regarde seulement.
- Tu me crois, Marja, hein ?
Quand je te dis que ça ira.
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MessageSujet: Re: COUNTING SHEEP (MARJA)   Dim 23 Aoû - 21:57

Marja avec Simon tourne en rond dans le salon.
Le salon qu’est devenu la chambre d’Eddy parce qu’ils ne dorment pas ensembles et qu’ils ne font rien ensembles et que tout ce qui les rassemble c’est de se plier en dix-huit pour faire vivre leur bébé en s’oubliant un peu et puis parfois d’oublier aussi qu’ils ont un bébé justement ; voilà ce qui les assemble surtout. Surtout pas l’amour ou alors pas le bon, pas celui d’un papa et d’une maman, c’est un amour un peu forcé d’un papa et d’une maman avec un enfant qui tire des ballons comme des graines de sentiments dans les cœurs-but de ses parents.
Mais le souci c’est que l’enfant ce n’est qu’un bébé et puis qu’il est comme eux et qu’il ne sait pas tirer très juste et qu’il est triste déjà alors les ballons trébuchent sur les gouttes de pluie qui mouillent tout l’intérieur. Et puis parfois, par exemple quand Eddy sourit ou qu’il dit des trucs gentils alors les projectiles tout ronds arrêtent un peu de se prendre les pieds dans leurs petits malheurs et rebondissent sur les joies direction les cœurs de ses parents. Il y en a des joies, faut creuser mais y en a, elles sont souvent cachées quelque part entre une assiette cassée et un rire de bébé.
Un rire de Simon.
Parce que Simon il sait pleurer mais il sait aussi rire, enfin au moins sourire, déjà, et Marja quand elle entend ou qu’elle voit ça et que tout son visage s’illumine alors elle espère qu’il aura pris au moins ça de son papa. Et puis que les gros chagrins s’en iront avec le temps comme des tous petits, petits bobo sur le genou le coude ou la joue. Elle espère que ce ne sont que des pleurs de bébé pour signaler qu’il a faim ou des trucs comme ça mais qu’avec le temps ça ne deviendra pas des grosses tristesses de grand. Qu’il ne sera pas comme sa maman. Et quand elle le regarde et qu’elle pense ça, Marja a peur aussi de ne jamais changer et à son tour elle devient triste, triste de penser ça et de penser comme ça, de souhaiter que son bébé ne lui ressemble pas. Ou pas pour ça.
Pour Simon elle ne veut pas d’un intérieur en deux couleurs (noir et blanc) elle ne veut pas non plus du volcan de cœur et puis des fleurs qui poussent dans son ventre rempli d’acide et puis des mots comme des couteaux qui sortent de sa bouche et puis de ses colères comme des ouragans qui balancent des trucs par terre et même parfois par les fenêtres. Pour Simon tout ce qu’elle veut c’est des morceaux de ciel et encore seulement les beaux, elle voudrait avoir un aspirateur et le gonfler de nuages, de pluie, d’orage, et les garder pour elle, juste pour elle et loin de son enfant, elle voudrait pouvoir lui montrer comme c’est joli dehors comme c’est doux la vie, et puis lui apprendre comment deviner les petits bonheurs derrières les gros malheurs. Mais Marja a peur de ne jamais pouvoir faire tout ça. Marja a peur de toujours rester comme ça.
Oh il y a les joies encore hein, elle en a Marja, elles sont très fortes très brillantes comme de la lave tout droit sortie d’un cratère rempli d’étoiles mais le souci c’est qu’avec elle y a toujours la mer, la mer, la mer qui n’est jamais loin. Elle est forte pour faire semblant c’est vrai mais quoi alors, c’est ça la vie, c’est ça sa vie, c’est faire semblant ? tout le temps, tout le temps, tout le temps. Y a un moment elle va craquer, elle n’y pense pas mais elle le sait elle va exploser parce que son corps déjà tout fissuré n’aura plus d’autre choix que d’éclater comme un gros ballon trop gonflé et alors elle ne sait pas ce qui se passera, si elle disparaîtra ou si elle mourra, elle ne sait pas et elle n’y pense pas. Et en attendant elle (essaye de) collectionne(r) les moments de bonheur tout brûlants et qui réchauffe l’intérieur. Elle construit tout doucement sa collection d’étoiles et de rayons de ciel en regardant Eddy les semer un peu partout dans l’appartement. Il en a plein les poches Eddy, y a des étincelles dans ses yeux et des morceaux de planètes perdu dans ses cheveux et parfois quand il sourit des bouts d’étoiles qui se décrochent de ses fossettes et qui dégoulinent sur Simon rebondissent sur Marja et puis se perdent un peu partout sous les canapés entre les livres tout ça.
Alors tandis qu’elle tourne en rond dans le salon avec son bébé enfin leur bébé entre ses bras de poupée elle glisse un regard vers Eddy qui est là planté avec les épaules qui penchent un peu parce qu’elles sont probablement fatiguées à force de toujours tout porter (elle, eux, les morceaux d’étoiles, les problèmes les trucs comme ça).
Et quand elle lui pose entre les mains les problèmes dont ils ne veulent pas elle voit un peu son visage se couvrir des couleurs de la panique et son regard qui oscille entre elle et leur tout petit garçon, tout proche maintenant, elle a sous le crânes d’autres milliers de problèmes-questions qui fleurissent comme des mauvaises herbes et elle essaye en même temps de les tondre avec des idées toutes noires.
- On va le soigner, je travaillerai plus, deux fois plus s’il le faut, je vais me démener pour lui, pour toi … J’ai promis.
Il dit ça avec son air de super-héros raté et elle l’écoute à moitié en vérité, alors elle opine machinalement en le regardant parce que sous son crâne la machine à idées continue de tourner. Elle se dit des choses terribles mais des choses vraies, des choses auxquelles elle a déjà pensé mais elle ne lui en a jamais parlé, à lui, à Eddy, elle ne lui en a jamais parlé parce qu’il est trop gentil et qu’il ne voudrait pas de ça, pas d’une Marja qui met des prix sur ses baisers et toutes les choses qu’elle donne encore gratuitement aux garçons pour s’amuser. Et c’est à ça qu’elle pense quand elle pense à l’argent et à quoi si jamais elle ne trouve rien qui paye assez pour financer leurs besoins et surtout les besoins de Simon parce que la vérité c’est que les siens ils ne sont pas importants. Dans l’histoire dans leur histoire ils connaissent déjà là fin la fin c’est eux tout voûtés de s’être si souvent pliée en quatre et d’avoir dépensé toute leur énergie tout leur agent leur vie leur amour tout tout tout pour lui.
- Faut pas qu’tu penses à ça, Marja … Faut que t’arrêtes de penser au pire, à ce qui pourrait arriver d’affreux et de dévastant pour tous. Regarde-nous ! On n’est pas parfaits, non, mais personne n’est malade, tout le monde va bien.
Eddy toujours l’interrompt de sa voix de boulet de canon qui fonce dans le mur de ses mauvaises idées et qui envoie tout valser. S’il était un médicament elle est sure qu’il serait un calmant, le genre de ceux qui savent tout faire, aider à dormir, éponger les pleurs dans le cœur et sécher les gouttes de peur. Tout le monde a besoin d’un calmant-eddy et c’est elle qui l’a pris, qui l’a volé et qui lui a tout pris à lui ensuite, son lit sa maison sa vie. Surtout sa vie.
Il lui prend Simon des bras alors que finissent de se disperser les nuages de son esprit et elle lui dit merci avec les yeux en les laissant retomber le long de ses hanches trop fines. Elle lui dit pas seulement merci pour ça mais merci pour tout merci d’être toi d’être là de nous aimer comme ça de prendre soin de nous de dire tout ça etc. Elle lui dit merci avec les yeux et le cœur surtout en le regardant et l’écoutant parler à leur Simon.
- On va aller dormir mon bonhomme, d’accord ? On va aller faire de très beaux rêves et on va laisser papa et maman se reposer, on va faire le silence … Et puis demain on ira se promener dehors et on ira voir les oiseaux dans les arbres …  qu’il dit tout bas.
Et puis elle ne sait pas pourquoi mais ça lui retourne un peu le cœur d’un coup, enfin le cœur elle ne sait pas si c’est vraiment ça mais y a quelque chose qui s’agite un peu à l’intérieur quand elle entend « papa et maman » parce qu’il dit ça comme si c’était vrai enfin comme s’ils étaient le papa et la maman que veulent tous les enfants qui s’aiment en sachant bien le faire. Ca sonne presque comme du vrai dans les oreilles de Marja et elle se surprend à aimer ça, l’idée d’arrêter un peu de faire semblant d’être une vraie famille, de se prendre au jeu enfin tout ce qu’ils ne font pas. Elle regarde Eddy sans bouger en se demandant comment ça sera plus tard s’ils vont finir par tomber amoureux comme par surprise où s’ils vont rester désunis comme ça et faire leur vie chacun de leur côté avec seulement leur enfant devenu grand perdu au milieu. Elle regarde Eddy et elle se dit qu’il est beaucoup trop gentil et même plutôt beau et que toutes les filles voudraient un mec comme ça parce qui se bat toujours avec lui-même pour devenir ou rester quelqu’un de bien et qui se bat aussi pour les autres en plus de ça. Qu’elles voudraient toute d’un garçon si plein de lumière même s’il se déguise en voyou et que vraiment ça ne lui réussit pas. Tout le monde voudrait un Eddy.
Un Eddy assis en bordure de son cœur pour toujours souffler des mots en coton et panser les champs de bleus et de fissures qu’on cultive en dedans.
Alors elle le regarde et elle se demande aussi : c’est quoi aimer est-ce qu’un jour je saurai faire ça ? Est-ce que si ça arrive ça sera toi et puis comment ça sera après est-ce que ça sera mieux si on apprend à s’aimer est-ce que notre famille elle sera un peu moins bancale et qu’on fera les choses mieux ? Est-ce que Simon sera plus heureux ? elle se dit que oui, Simon serait surement plus heureux. Mais pour l’instant Marja et Eddy, ils ne s’aiment pas. Ils sont pas très doués avec ça.
Maintenant il dépose l’enfant dans son lit après un bisou puis il allume la veilleuse couverte de rêves en carton et ferme les volets sous ses yeux fatigués. Quand il revient vers elle la symphonie des pleurs s’est arrêtée et elle, elle voudrait juste se laisser tomber par terre ou sur le canapé le lit n’importe où, se laisser tomber et se laisser écraser par toute la fatigue les soucis la vie mais au lieu de ça elle reste debout avec juste les yeux qui ont du mal à contenir tout ça. Elle voudrait juste les fermer et dormir, dormir, dormir…. dormir sans plus jamais se réveiller. Mais elle ne peut pas faire ça. Elle ferait jamais ça (ou au moins elle espère rester toujours assez forte pour éviter le baissé de rideau final en plein milieu de la scène de son existence).
- Tu me crois, Marja, hein ?
Elle soupire un peu et elle repense à tout ce qu’elle n’ose pas lui dire en regardant ses grands yeux à lui qui sont si pleins d’espoirs et de rêves comme sur la veilleuse de leur bébé. Eddy c’est un garçon multifonction au fond, un garçon calmant un garçon nuage un garçon veilleuse finalement avec suffisamment de lumières derrière les yeux pour illuminer toute une vie.
- Oui.
Y a que ça qui sort de sa bouche, juste « oui » alors qu’elle voudrait lui dire plein de choses et encore lui dire merci mais y a que ce oui un peu essoufflé qui s’envole depuis ses dents. Elle sourit en secouant la tête comme pour se reprendre et elle ajoute finalement :
- Oui je te crois. T’es trop gentil Eddy…
Trop gentil avec moi quand je sais être si méchante, injuste etc avec toi.
- Mais t’as raison faut pas penser à ça.
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MessageSujet: Re: COUNTING SHEEP (MARJA)   Mar 25 Aoû - 20:14

Il faudrait dire aux pessimistes d’arrêter de l’être, ou du moins de l’être un peu moins. Il faudrait dire aux pessimistes qu’il n’y a pas que le bitume à regarder, le crachat des faux voyous, les chewing-gums écrasés sur la chaussée, les mégots de cigarette, les emballages sales, ou encore les gouttes de pluie et les taches d’essence. Il faudrait dire aux pessimistes que lorsqu’on lève les yeux il y a tout un tas de belles choses à regarder : on peut y voir le ciel, d’accord, mais le ciel même si c’est que quatre petites lettres c’est un truc de dingue !!! Il s’y passe plein de choses, c’est un tableau vivant, qui change un peu tous les jours, on peut même y voir des oiseaux et des avions traverser la surface bleue et limpide. Regarder le ciel ça occupe : on cherche ce que les nuages peuvent représenter, on ne pense à rien et surtout on ne pense pas à soi et ses malheurs. Et puis quand on prend le temps de lever la tête, pas forcément pour regarder ce qu’il se trame là-haut, mais juste comme ça, pour regarder bien devant soi, eh bien ça change tout … on n’a plus les épaules voûtées, on n’a plus l’air accablé, fatigué, perdu, désœuvré, las, ennuyé, triste, déprimé, au bout du bout, au bout de la fin, au bout de la vie. Marcher le menton haut ça fait lever le menton, redresser tout le corps, améliorer la démarche, respirer mieux, marcher mieux, sourire mieux, regarder mieux, vivre mieux.
C’est pas grand-chose, hein ?
Peut-être qu’il faudrait que je fasse un mode d’emploi pour Marja.
- Oui.
Je sais pas si c’est sincère, je crois qu’elle dit ça pour me rassurer, peut-être pour se persuader elle aussi ? Mais elle peut me faire confiance, tant que je suis encore sur les bons rails. Elle peut croire en moi, en ma parole. Je sis tombée sur elle un peu par hasard, un peu comme ça, un soir bizarre avec des garçons bêtes. Et puis bon, je suis tombée sur elle et si ça se trouve c’était pas un hasard. C’était peut-être sa bonne étoile à elle (quand elle daigne d’apparaître) qui nous a rassemblés, tous les deux. Maintenant je fais gaffe, depuis le début je fais attention, et même si c’est maladroit, même si je sais pas trop comment faire ni me débrouiller avec les filles, je crois qu’en fait je m’en sors pas trop mal.
D’autres seraient partis depuis longtemps, auraient baissé leurs bras de gros durs.
Moi tu vois je pense qu’il y a quelque chose qui nous attend après toute cette vie moche, que dans quelques temps, peut-être dix ans, il va se passer quelque chose d’énorme qui fera que le soleil va briller pendant un bout de temps sur nos têtes. Ce jour-là Marja ne pleurera plus que devant les films et les séries.
- Oui je te crois. T’es trop gentil Eddy …
J’essaie de lui sourire.
- Mais t’as raison faut pas penser à ça.
Mais moi je vais l’aider, je serai une main tendue, une épaule, un grand rocher, une falaise à laquelle elle pourra s’accrocher, je serai un bouclier fragile mais au moins je serais là et il faudra me casser moi avant de la toucher, elle.
Je crois qu’en m’imaginant comme un roc, je m’imagine comme un super-héros. Et c’est ce que gamin j’aurai aimé faire, aimé être. C’est pas un super job, ça, sauver les gens ? Encore mieux que pompier, encore mieux que médecin, encore mieux que chanteur. On peut voler dans le ciel et pas à la sauvette. On peut mettre des masques, des capes et tout le monde te regarder comme si tu étais une sorte d’étoile filante accessible aux hommes.
C’est pas génial, ça ?
Moi, je trouve ça génial.
Peut-être que Simon dira un jour que son papa est un super héros.
Je retourne m’asseoir dans le canapé où je regarde à travers la fenêtre.
- À quoi tu rêves Marja ? Qu’est-ce que tu veux être ?
Qu’est-ce qui t’animes, Marja ? Pourquoi t’es encore là malgré tes litres de larmes, tes litres de sel, tes litres de colère, tes sacs de tristesse que tu traînes derrière toi comme un vieux fardeau ?
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MessageSujet: Re: COUNTING SHEEP (MARJA)   Mer 26 Aoû - 13:24

Ils sont tous les deux dans le silence bruyant de leur salon. Dehors c’est toute une symphonie de cris et puis de pots d’échappements qui pètent et de roues qui crissent et de tout un tas de bruits comme ceux qui fleurissent le long des murs de l’intérieur de l’appartement, mais qui leurs sont très différents aussi déjà parce qu’ils ne leur appartiennent pas et puis parce qu’ils sont noyés dans leur gros nuage de pollution. Ca les étouffe probablement trop dehors pour qu’ils viennent se glisser à l’intérieur. Des échos ça leur suffit.
Elle le regarde avec ses grands yeux las il la regarde avec les siens qui sont comme des étoiles et qui n’arrêtent jamais de briller. Ca la fatigue un peu aussi de les voir briller tout le temps. Marja elle est fatiguée pour Eddy de le voir s’acharner à aimer la vie comme ça et puis de le voir essayer de reconstruire (ou de construire) le puzzle sacrément compliqué de leurs vies désunies. Elle voudrait l’aider, pourtant, mais elle s’y prend mal et puis c’est difficile quand on a presque tout le temps deux gros nuages gris devant les yeux. Deux gros nuages gris remplis de pluie et de poussière ; ça coule à l’intérieur et ça emporte les étoiles de ses prunelles. Elles sont probablement perdues, dedans.
Enfin bon elle regarde Eddy s’acharner et ça la fatigue, elle voudrait l’aider et elle le fait s’y mal qu’elle s’énerve, d’abord contre puis contre lui et parfois tout simplement elle part, elle claque la porte en criant qu’elle en a marre et elle revient que trois heures plus tard.
Parfois aussi elle n’a même pas besoin de raisons pour claquer (tout doucement) la porte de l’appartement. Marja c’est une fille coup de vent.
Eddy est plus grand qu’elle et il est tout près d’elle, si elle tendait la main elle pourrait prendre les siennes. Mais elle ne bouge pas, ni les bras ni rien et elle continue de parler sous les sourires du garçon qui tombent du ciel de son menton. Ils sont un peu cassés les sourires, ou pas tout à fait fini. On dirait qu’eux aussi, ils finissent par prendre la poussière. Elle a peur que ça soit à cause d’elle.
Mais elle n’a pas trop le temps d’inquiéter – cette fois – parce que le garçon-ciel disparaît et elle le suit des yeux pendant qu’il regagne le canapé. Il se pose dessus avec un bruit de nuage à ressort un peu miteux. Elle se rappelle que c’est sur ce gros nuage marron avec les articulations qui grincent qu’Eddy passe ses nuits. Ça lui rappelle qu’elle lui a en plus du reste volé son lit.
- À quoi tu rêves Marja ? Qu’est-ce que tu veux être ?
Il regarde par la fenêtre en disant ça. Elle le regarde lui.
Elle le regarde lui un petit moment et puis elle fronce les sourcils.
- Je sais pas trop.
C’est vrai qu’elle sait pas trop Marja, ce qui la fait rêver et puis ce qui la fait vibrer, et puis ce qu’elle voudrait être et puis comment elle se voit plus tard et aussi comment elle les vois eux plus tard, est-ce que ça sera juste Eddy et Simon ou bien Marja et Simon ou est-ce que Simon passera sa vie à rebondir entre ses deux parents ou alors est-ce qu’ils aura un vrai papa et une vraie maman qui se serreront dans les bras avec lui au milieu. Elle sait rien de tout ça, Marja, elle essaye de ne pas trop y penser parce que ça lui rappelle qu’elle n’a que dix-sept ans et que ça lui paraît tout petit quand elle doit jouer à être quelqu’un de si grand.
Est-ce que tu rêves de faire comme tes copines Marja et puis comme les autres filles ? Est-ce que tu voudrais avoir un copain qui t’aime même pas mais tant pis c’est pas important c’est juste parce que c’est marrant, est-ce que tu voudrais être comme les filles des magazines, est-ce que tu voudrais passer ton bac et puis construire une jolie famille, te tirer de cette cité comme une galaxie avec à la place des planète ces grands immeubles croulants ?
Marja elle ne sait rien de tout ça et elle a le regard posé par-dessus celui d’Eddy, perdu quelque part derrière la vitre.
Elle soupire et elle secoue la tête en haussant les épaules avant de rejoindre Eddy sur le canapé. Elle se laisse tomber tout doucement à l’autre extrémité, pas trop près (de lui).
Elle ne regarde plus que les gros nuages de pollution de l’extérieur maintenant.
- Je crois que je voudrai juste être une bonne maman pour Simon.
Elle sourit un peu de travers et elle ne sait pas pourquoi elle a le coin des yeux un peu humides quand elle dit ça. Elle jette un coup d’œil vers l’endroit où son bébé s’est endormi dans ses rêves à lui.
- Une bonne maman pour Simon avec quelques années de plus, pas beaucoup juste deux ou trois ans mais je sais pas peut-être que ça suffirait pour que je sois mieux pour lui et que j’arrête de crier et de partir tout le temps et de… de faire tout ce que je fais… je voudrai arrêter de faire n’importe quoi et puis je voudrai aussi une grande maison avec un jardin ou alors juste un appartement un peu plus grand et je voudrai savoir me rendre utile mais moi tout ce que je fais c’est casser des assiettes et… je fais n’importe quoi je voudrai juste arrêter de faire n’importe quoi, je sais pas.
Y a son sourire qui lui fane sur les lèvres et elle voudrait s’arrêter de parler et de raconter des conneries mais ça sort tout seul et maintenant elle n’ose plus regarder Eddy.
- Je voudrai juste qu’on soit heureux tous les trois.
Elle laisse tomber ça entre eux deux comme elle a laissé tomber Simon entre ses bras quelques mois avant tout ça. Elle pense à sa maman et son papa à elle et elle se dit qu’ils lui manquent et qu’elle voudrait qu’ils soient là aussi, parfois. Elle réalise soudain qu’elle ne sait même pas si Eddy a des parents ni comment ils s’appellent ou s’ils savent qu’ils sont grand-père et grand-mère maintenant. Peut-être qu’ils ont perdu Eddy depuis longtemps. Mais elle n’ose plus rien dire et elle fixe obstinément une espèce de grosse tâche sur la fenêtre.
- Et toi ? qu’elle ajoute d’une toute petite voix.

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MessageSujet: Re: COUNTING SHEEP (MARJA)   Mer 26 Aoû - 20:03

- Je sais pas trop.
Il fallait s’y attendre, à cette réponse.
C’est pas une question facile, c’est vrai. Mais moi je crois que je suis un peu inquiet pour elle, je me demande qu’est-ce qui fait battre son cœur, qu’est-ce qui lui donne envie de mettre un pied devant l’autre le matin et aussi le soir ? J’espère qu’il y a quelque chose, là-dessous, j’espère qu’il reste une flamme, au moins une toute petite, des restes d’étoiles, des morceaux de soleil capturés pendant l’enfance et gardés précieusement tout ce temps.
Je veux bien essayer de rêver pour deux, mais il va me falloir beaucoup, beaucoup d’imagination pour y parvenir.
Marja vient s’asseoir sur le canapé et elle laisse un vide entre nous, un grand fossé. C’est le grand fossé de tous les jours, celui dont on a l’habitude. Ce creux infranchissable qui nous sépare et qui fait que nous vivons comme deux inconnus sous le même toit. Je trouve ça vraiment bizarre et même pas normal du tout. Les gens normaux, les amis, les colocataires ils s’assoient ensemble, côte à côte. On doit pas être normaux.
Ni amis.
Ni rien du tout.
Ça me pince le cœur.
- Je crois que je voudrai juste être une bonne maman pour Simon. Une bonne maman pour Simon avec quelques années de plus, pas beaucoup juste deux ou trois ans mais je sais pas peut-être que ça suffirait pour que je sois mieux pour lui et que j’arrête de crier et de partir tout le temps et de… de faire tout ce que je fais… je voudrai arrêter de faire n’importe quoi et puis je voudrai aussi une grande maison avec un jardin ou alors juste un appartement un peu plus grand et je voudrai savoir me rendre utile mais moi tout ce que je fais c’est casser des assiettes et… je fais n’importe quoi je voudrai juste arrêter de faire n’importe quoi, je sais pas. Je voudrai juste qu’on soit heureux tous les trois.
Lorsqu’elle parle, sa bouche fait des tentatives de sourire. Son regard est fixé vers le nulle part mais moi je la regarde, je la regarde et je vois que ses yeux sont brillants, gorgés de sel probablement. Ses rêves me font sourire mais d’un sourire triste, un peu, un sourire amer et un peu gris, un peu terne, un peu délavé. C’est que moi aussi je voudrai bien d’une maison et d’un jardin et de Simon qui court partout, qui pousse des cris féroces, qui joue, qui tombe, qui pleure parce qu’il s’est égratigné les genoux et pas parce qu’on l’a menacé au coin d’une rue.
Ce qui me chamboule c’est son « je voudrai qu’on soit heureux tous les trois ».
- Et toi ?
- Moi aussi j’aimerais qu’on soit heureux tous les trois.
Le souci c’est qu’on a jamais essayé. Je suis heureux avec Simon, elle est probablement heureuse avec Simon aussi. Mais nous, enfin, Marja et moi, on n’est pas heureux tous les deux. Y’a qu’à voir comment on se tient sur ce foutu canapé, ça se voit qu’il y a un truc qui cloche, qu’on est pas normaux, qu’elle est pas normale cette famille. Ça crève les yeux qu’on essaie d’envoyer du beau en façade mais qu’à l’intérieur, qu’entre ces quatre murs, c’est un peu craignos chez Marja et Eddy.
Paraît qu’ils vivent ensemble mais qu’ils dorment même pas dans le même lit.
Paraît qu’ils vivent ensemble mais qu’ils se parlent pas, qu’ils font rien ensemble, se touchent pas, s’embrassent encore moins, s’évitent presque.
Mais ceux qu’ont plein d’espoir, ceux qui cherchent de la lumière quand il fait tout noir (moi), pensent que tout est toujours possible. Qu’il suffit d’imaginer la lumière quand il n’y en a pas, se dire que c’est pas si terrible quand on pourrait pas tomber aussi bas, etc.
Je prends une profonde inspiration et toujours les yeux rivés vers le bas je me rapproche doucement de Marja. Là seulement j’ose la regarder et je sais pas pourquoi mais j’ai toujours cette fichue boule dans la gorge, comme si son visage exprimait toujours le désastre ou alors une grande détresse qui me rendait tout chose.
Tout chose.
C’est bien ça que je ressens. Un peu tout et un peu rien à la fois, des vibrations dans le cœur et dans les mains.
J’attrape son visage pour la forcer à me regarder, la contraindre à cela, pour une fois. Pour qu’on prenne le temps de se demander qui est l’inconnu face à soi. J’ai la gorge un peu sèche et nouée et je m’accroche un peu à sa mâchoire avec la paume de ma main.
- J’aimerais déjà qu’on essaie d’être heureux à deux, tu veux bien ?
Je souffle, tout doucement, mais je sais qu’elle m’entend.
Et puis comme ça, comme une suite logique et prévisible, je l’embrasse, un peu timidement et un peu comme si c’était la première fois, et j’ai ma main dans sa nuque et je me dis que c’est ça que deux parents doivent faire pour être dans la norme, qu’ils doivent faire l’effort de se toucher un peu et de s’aimer surtout.
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MessageSujet: Re: COUNTING SHEEP (MARJA)   Ven 28 Aoû - 11:10

La plupart du temps Marja ne dit pas grand-chose à Eddy.
En fait, elle ne lui dit rien du tout.
Rien du tout à part des reproches ou des trucs sans importances, des trucs qu’on dit qu’aux connaissances pour casser un peu les silences. C’est un peu triste quand elle y pense, qu’Eddy ne soit rien d’autre qu’une connaissance avec qui elle vit et avec qui elle a même fait un bébé, un grand garçon avec les dents un peu écartées et des airs de gentil voyou. Beaucoup plus gentil que voyou.
Ils ont beau vivre ensembles ils sont carrément séparés, y a qu’à les voir, là, ils sont sur un canapé et ils ne se touchent même pas. C’est de sa faute, à Marja.
C’est qu’elle a du mal à s’ouvrir et quand elle lui laisse voir un peu à quoi ressemble son cœur c’est dans les grands moments où elle explose en mille morceaux, de joie de colère et puis surtout de peine. Et puis quand Eddy a ramassé tous les morceaux et qu’elle est recollée de travers elle se remet à crier. Elle passe son temps à se fermer pour exploser. C’est tout ce qu’elle ne lui a jamais donné.
C’est tout mais pour elle c’est beaucoup, il ne réalise peut-être pas parce que c’est pas normal les filles comme elle qui crient et pleurent tout le temps et puis rigolent en même temps, et qui se cognent contre les murs trop petits et qui se casse comme un verre et qui se laisse recoller en y laissant des morceaux à chaque fois mais qui recommence dès que c’est fini. Peut-être qu’un jour elle finira par disparaître complètement.
Mais ça ne change rien et c’est beaucoup parce qu’elle n’a jamais su exploser devant personne d’autre que lui. Marja c’est une bombe à retardement qui se retient depuis dix-sept ans.
Dix-sept ans à imploser dedans et puis pleurer-torrent à l’intérieur seulement et puis crier silence toute seule dans sa chambre et avoir peur de tout de dieu de la vie de la mort du futur du dehors et puis… et puis Simon s’est planté quelque part dans son ventre et il a grandi grandi grandi et pendant neuf mois il a éloigné tout ça. Mais un jour Simon est sorti et à la place d’un mini Eddy c’est une bombe sans retardateur qui lui a repoussé dans le ventre, c’est plus jamais parti. Elle se sent vide et pleine à la fois, surtout vide c’est vrai, mais ça fait rien et elle offre tout ça à Eddy sans rien contrôler. Il ne doit pas savoir quoi faire de tout ça. Il ne doit pas savoir quoi faire de Marja.
Là c’est elle qui ne sait pas quoi faire d’elle, comme d’habitude mais en pire parce qu’elle a des rêves qui fleurissent au bord des lèvres à la place des reproches et elle contrôle encore moins ça. Eddy la regarde pendant qu’elle parle alors elle regarde la fenêtre toute crasseuse parce qu’elle n’arrive pas à s’arrêter que c’est comme les colères les rires et les grosses tristesses : faut les laisser déborder de temps en temps.
Peut-être que quelque part à côté de la fleur explosive au fond de son estomac il reste quelques arbres à rêves minuscules et un peu ratatinés à force de manquer de soleil mais ils sont là, bien cachés presque oubliés, mais ils sont là. On dirait pas comme ça mais à force de tomber en ruines ses espoirs font des gros tas de miettes et c'est la première fois que ça déborde comme ça.
Elle ne contrôle pas (enfin un peu quand même parce qu’elle sent qu’il y a encore des tas de rêves qui se pressent derrière ses dents).
Elle a les yeux humides et accrochés à la vitre avec des restes de buée-fumée scotchés dessus comme un masque de saleté ; c’est tellement plus facile que de le regarder lui.
Eddy.
- Moi aussi j’aimerais qu’on soit heureux tous les trois.
Eddy qui l’écoutais avec les oreilles et les yeux sans rien dire, Eddy qui laisse tomber ça. Comme ça.
Il y a des restes de tristesses cachés derrière les mots.
Il lui fait écho et elle n’ose toujours pas le regarder, sans trop savoir si c’est à cause de ce qu’elle a dit ou de l’écho-eddy. C’est vrai qu’elle a jamais réfléchi, à comment ça allait finir elle et lui, si ça allait rester comme ça pour toute la vie, comme ça avec des cris et juste un tout petit morceau d’eux deux pour les rapprocher dans leurs échanges au goût amer de cordialité. Si quand Simon n’aurait plus besoin d’un papa et d’une maman tout le temps ils s’en iront chacun de leur côté loin de cet appartement plein de morceaux de leur vie qu’on voudrait oublier. Si après avoir passé tellement de temps à se déconstruire ils finiront par tenter de se construire.
De se construire tous les deux, à deux.
Y a plein de versions de Marja avec Eddy qui s’emmêlent dans sa tête et elle ne sait pas laquelle choisir ni laquelle elle préfère, surtout pas maintenant mais c’est sorti comme ça et elle se dit que ça veut peut-être dire quelque chose. Le genre de quelque chose qui se cache entre les bombes sans retardateur et les monticules de rêves poussiéreux, qu’on oublie pour ne pas s’y confronter et qui bondissent un jour comme ça sans prévenir. Ces trucs là on dit qu’ils sont pleins de vérité, mais qu’on ne voulait juste pas les réaliser ou y penser alors on a fait comme s’ils n’existaient pas. Et Marja à force de ne pas y songer elle ne sait plus quoi en penser. Ça veut dire quoi : je voudrai juste qu’on soit heureux tous les trois ?
Eddy fait grincer les articulations du canapé en se rapprochant. Elle voudrait lui jeter un coup d’œil, juste un, mais Marja ne fait rien. Marja reste là à regarder dans le vide et à avoir le cœur qui bat un peu trop fort. Elle le sent partout son cœur qui accélère sans qu’elle ne puisse rien y faire, même dans le bout de ses doigts. C’est pas si désagréable que ça.
Les doigts d’Eddy autour de sa mâchoire non plus, c’est pas si désagréable que ça. Ça brule un peu mais ça va.
Elle le laisse attraper son regard au vol quand il la force à tourner la tête vers lui. Il serre peut-être un peu trop fort.
- J’aimerais déjà qu’on essaie d’être heureux à deux, tu veux bien ?
Il souffle ça tout doucement et elle lui répond avec un sourire d’automate rouillé. C’est que ça tourne un peu n’importe comment à l’intérieur et son corps répond pas tout à fait correctement, il doit y avoir des mécanismes cassés quelque part. Comme celui qui fait sourire pour de vrai.
Pourtant elle voudrait bien mais elle n’y arrive pas et tout ce qu’elle lui donne c’est une drôle de nervosité un peu triste gribouillée sur sa bouche.  
De toute façon elle n’a le temps de rien même pas de se reprendre parce qu’à la place des brouillons de sourires c’est les lèvres d’Eddy qui atterrissent sur les siennes. Ca réactive sans doute quelques mécanismes endormis qui s’empressent de déclencher un feu d’artifice à l’intérieur. Elle a comme une machine à laver sous le crâne qui fait tourner tourner tourner toutes ses pensées et pourtant elle ne sait pas trop quoi faire. Pourtant elle sait très bien embrasser les garçons.
Oui mais voilà les garçons elle ils ne l’embrassent pas, ou bien pas comme lui qui met sa main dans sa nuque et qui essaye d’y croire, même un tout petit peu.
Alors comme elle ne sait pas quoi faire elle se laisse faire. Elle a une impression d’être dans un instant en cristal qu’il ne faut surtout pas briser. C’est pas facile quand tout s’emmêle à l’intérieur.
Elle voudrait bien faire comme les filles de films qui accrochent un peu le t-shirt ou les cheveux du garçon et qui rendent les baisers avec plein de passion dramatique. Mais elle reste là sans bouger, et le t-shirt et la nuque et les cheveux d’Eddy restent désert de ses mains à elle.
C’est bête parce que pourtant c’était pas très surprenant. Qu’il l’embrasse maintenant, c’était pas très surprenant.
Enfin maintenant il a fini et elle se sent un peu comme si le temps était en suspension en attendant qu’elle finisse l’instant.
Elle le regarde avec ses yeux tristes et elle essaye de sourire avec le cœur. Ses iris lui semblent très lourds et c’est un peu dur de les laisser au fond des siens. En même temps ils lui semblent super légers et elle voudrait rester tout le temps comme ça à le regarder dans le silence qui précède les baisers (même s’il ne dure pas très longtemps). Elle se sent à la fois grande et au cœur de ses dix-sept ans quand on découvre et qu’on teste un peu la machine à sentiments, là-dedans.
- D’accord.
Elle répond aussi doucement que lui et elle sourit un peu plus fort en y croyant.
Elle n’ose pas faire grand-chose.
Mais encore plus doucement elle baisse les yeux en disant :
- Tu.. tu pourrai le refaire ?
Marja laisse glisser ces mots tout, tout bas.
Sans trop savoir pourquoi (elle dit ça et puis pourquoi elle parle si bas).
C’est que c’est pas si mal que ça d’être embrassée par un garçon qui le fait pour de vrai. C’est pas si mal que ça aussi quand le garçon s’appelle Eddy.
Ça a un goût de première fois.
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MessageSujet: Re: COUNTING SHEEP (MARJA)   Ven 28 Aoû - 14:47

Et c’est un peu étrange, ce qu’il se passe, là. Ma bouche contre la sienne et ma main dans sa nuque qui dit viens là, viens près de moi. Ma main dans sa nuque qui allège son fardeau, ma main dans sa nuque qui la protège des méchants qui pourraient lui arriver dans le dos. J’embrasse Marja et c’est vrai qu’on dirait que c’est la première fois.
Parce que c’est la première fois qu’on s’embrasse sur ce canapé, sous le même toit, et surtout alors que Simon est là. C’était encore jamais arrivé, c’est comme si on avait oublié comment faire, comment toucher, comme aimer, comment regarder, comment parler. Surtout comme si on avait oublié de le faire tous les deux. Parce que Marja n’est pas n’importe qui, Marja est une fille, oui, mais pas n’importe laquelle, c’est la mère de mon enfant et je les protège tous les deux sous chacune de mes ailes.
Je suis content de l’avoir embrassée, de l’avoir fait.
Je me dis qu’il y a au moins un garçon qui l’aime pour ce qu’elle est et non pas pour sa bouche, ses hanches ou ses cuisses qui l’aura embrassée. Je me dis qu’au moins j’y ai mis tout mon cœur et toute ma volonté (toute ma maladresse aussi). C’est que depuis Marja contre moi cette fameuse nuit j’en ai pas embrassées des tonnes de filles. Peut-être juste comme ça, un soir, pour rigoler. Parce que les autres garçons le faisaient et qu’il fallait pas avoir l’air lâche, avoir l’air nul, avoir l’air d’un pauvre type ou pire, avoir l’air pédé.
Mais ça voulait rien dire.
C’était juste que ma bouche contre une autre bouche et là j’y mettais pas la paume de ma main dans la nuque pour chasser les méchants.
Marja essaie encore de sourire mais ça marche pas. Pourtant ça se voir qu’elle prend la peine de le faire, que ça vient du cœur, du fond d’elle-même mais que ça sort délavé, fatigué, rayé. Un peu comme les imprimantes qui déconnent, qui font plein de bruit et qui te laissent une feuille sale et froissée avec du noir partout dessus.
Marja c’est un peu ça, c’est un peu une vieillie imprimante qui fonctionne plus très bien.
Mais moi, Eddy le mécanicien, je vais m’armer de vis, de boulons, de tout plein d’outils pour aller au cœur de l’imprimante pour lui remettre tout à l’endroit, tout à sa place. Et les feuilles seront de nouveau très belles. Bon, il y aura sûrement des pièces qui manquent, et elle fera toujours un peu plus de bruit que les autres, il y aura des jours où elle décidera de froisser des feuilles et de les rendre abîmées, mais je ne lui en voudrai pas.
Je dirai c’est pas grave, ça ira mieux demain.
Ou après-demain.
Ou dans un an.
Ou dans (…).
- D’accord.
Ses yeux deviennent plus lumineux et son sourire y croit un peu plus. Moi aussi je souris et je suis peut-être très niais mais c’est comme pour l’encourager, pour lui dire sans parler que tu vois, tu peux le faire, un peu d’effort, un peu de cœur, et tout marche, tout remarche …
- Tu … tu pourrais le refaire ?
Je hoche la tête.
Mon autre main s’empare de son visage et là je sais que mes deux bras font barrière à tout ce qui est extérieur et qui peut blesser, trahir, tuer. Je l’embrasse encore, avec la délicatesse de ceux qui veulent aimer, qui veulent essayer de bien faire, s’appliquer. Je l’embrasse avec tout mon cœur, tout mon corps aussi puisque j’attire Marja contre moi. Et ça me fait du bien, ça me fait du bien de sentir une chaleur humaine et surtout sa chaleur humaine à elle. Je baisse les yeux sur son visage et je la garde contre moi, et je regarde ses joues un peu roses et ses deux grands yeux entourés de fatigue bleue et violette. J’aime la beauté triste de Marja (je ne connais que celle là). Il y a aussi la beauté fausse, pleine d’artifices et de faux sourires.
Aujourd’hui elle est encore plus belle parce qu’elle commence à aller vers la beauté joyeuse. Elle a l’air moins triste, moins vide comme je l’entends dire, et je crois que j’ai réussi à ramener quelques couleurs sur son visage.
Bon, d’accord, c’est pas encore le feu d’artifice et on est loin du bouquet final. Mais avec de la patience on arrive à tout et du temps on en a devant nous (je crois).
Je récupère mes mains et mes bras et les laisse inutiles et immobiles autour de moi.
- Je … je crois qu’on peut y arriver. À être heureux, avec toi d’abord et puis tous les trois ensuite. Je ne sais pas si on se mariera un jour et c’est pas ça du tout que j’te demande mais déjà si on pouvait essayer de regarder vers le ciel et les étoiles plutôt que nos pieds ce serait énorme … Et puis on pourrait essayer de … de faire des choses ensemble …
Histoire d’apprendre à se connaître. Qu’elle me parle un peu d’elle et que je lui parle un peu de moi.
Qu’on aille faire les choses que les gens normaux font : se promener, faire les courses, s’ennuyer et pourquoi pas rire ??? Peut-être que j’en demande trop, là.
Mais si on essaie d’être heureux arrivera forcément le jour où il faudra rire ensemble.
Apprendre à vivre ensemble serait superbe aussi. Vivre ensemble ce serait déjà arrêter de mettre une distance de sécurité d’au moins un mètre entre nous (un peu comme maintenant). Mais voilà peut-être que je rêve et c’est probablement parce que des rêves j’en ai plein la tête mais aussi parce que je crois qu’on peut toujours faire mieux et qu’il est toujours possible de se rapprocher encore plus des étoiles et du ciel pour un jour devenir
lumière.
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MessageSujet: Re: COUNTING SHEEP (MARJA)   Dim 30 Aoû - 10:55

Et puis s’il disait non ?
Hein, Marja, tu ferais quoi si Eddy il disait non, non je veux pas le refaire je veux pas désolée j’aurai pas du. C’était une erreur.
C’était juste comme ça.
Juste pour vérifier qu’entre nous, non, ça marchera pas.
Tu feras quoi Marja ?
Est-ce que tu vas te mettre à sourire-crispé et puis te taire comme avant les tempêtes et puis crier demain après-demain toujours toute la journée et puis pleurer ensuite toute seule dans tes draps tout froissés et mouillés d’avoir épongé le reste de les larmes salées ? Comment ça va finir après ça, s’il dit non, hein, comment comment comment vous allez faire est-ce que vous pourrez seulement vous regarder encore comme avant, même si c’est rien qu’avec les yeux fermés ?
Mais pour l’instant Eddy sourit encore en écho à son sourire à elle qui tremble un peu mais qui brille déjà plus qu’hier (et puis qu’il y a une heure ou deux minutes).
Maintenant il hoche la tête et elle a les lèvres qui font encore ce drôle de truc qui les tire vers le haut ; c’est pas si dur que ça. Et puis, l’effort ne dure pas longtemps en vérité parce que déjà la main d’Eddy s’est posée sur son visage et ses lèvres sur les siennes. Encore.
Encore encore encore.
Elle voudrait lui dire ça, Marja, fait le encore, embrasse-moi encore s’il te plaît Eddy, encore comme ça avec le cœur avec les bras et tout le corps. Elle ferme les yeux et elle se laisse faire toujours sans trop oser bouger. C’est qu’elle ne sait pas trop comment faire pour aimer avec son corps et son cœur en même temps, enfin le faire pour de vrai. Elle ne veut pas tout casser l’instant en verre.
De toute façon elle est tout contre lui, il l’a attirée plus près encore et elle s’est laissée faire et elle se laisse aller aussi contre son torse entre ses bras et toujours ses lèvres sur les siennes et… elle voudrait que ça dure pour toujours comme ça. Ca a toujours un goût de première fois, ou de deuxième première fois, elle ne sait pas. Comme un souvenir qui dure toujours et qui ne se fane pas.
Leur vraie première fois elle ne compte pas, à Eddy et Marja.
Pourtant c’est vrai qu’ils étaient comme ça aussi, les bouches qui s’emmêlent et les corps qui font pareil, mais c’était pas pareil, pas ici pas sur ce canapé et pas encore de Simon pour pleurer. Mais surtout quand ils étaient l’un contre l’autre pendant cette première fois zéro, Marja n’a rien senti naître en elle (et puis quelques temps après on lui disait : vous allez avoir un bébé). C’est tout ce qui fait la différence.
Parce qu’ils sont là, Eddy et Marja, et Eddy serre Marja entre ses bras et il la regarde et elle sent au fond de son cœur comme une explosion de bonheur. C’est très doux et très chaud à la fois, ça fait du bien, là. Marja sent naître en elle une drôle de sorte d’émotion nouvelle qui fait battre son cœur un peu de travers. Ca ressemble à un mélange de toutes les émotions-sensations qu’elle a dans son tout petit répertoire de vie, ça donne quelque chose de totalement nouveau. Elle ne contrôle pas.
Ca lui fait un peu peur, tout ça.
Mais autour d’elle il y a les bras d’Eddy qui lui disent que ça va, qu’il est là et puis qu’il la protégera comme il le fait depuis que Simon est là. Qu’il fera barrière ou qu’au moins il essaiera, contre les méchants, les dangers, les horreurs qui viennent de dehors et de dedans. Peut-être surtout de dedans, parce que c’est vrai que depuis qu’elle est là, même si c’était à dix kilomètres de ses bras, Eddy a toujours essayé de réparer Marja. C’est ça qui est compliqué : Marja il ne faut pas seulement la protéger des autres, mais il faut surtout la protéger d’elle-même.
Il la regarde avec ses yeux-boucliers et elle lui sourit un peu faiblement en faisant bien attention de glisser quelques morceaux d’étoiles entre ses dents sous ses lèvres fermées, pour donner un goût de vrai. Le feu d’artifice à l’intérieur de son cœur lui fournit toutes les réserves de couleurs nécessaires, et ça pulse dans ses artères.
Mais trop vite Eddy ramène ses bras et ses mains et tout son corps dans le réel du canapé trop grand-petit pour eux deux. Ils faut beaucoup de place pour leurs rêves et leurs paquets de songes qui prennent la poussière ou essayent de briller sans lumières. Elle se redresse dans le moelleux douloureux du dossier et laisse traîner ses yeux tout près des siens.
Ils restent là sans rien faire. Puis Eddy se remet à parler.
- Je … je crois qu’on peut y arriver. À être heureux, avec toi d’abord et puis tous les trois ensuite. Je ne sais pas si on se mariera un jour et c’est pas ça du tout que j’te demande mais déjà si on pouvait essayer de regarder vers le ciel et les étoiles plutôt que nos pieds ce serait énorme … Et puis on pourrait essayer de … de faire des choses ensemble …
Elle le regarde tout du long, force un peu sur son regard qui est si lourd et qui voudrait juste tomber sur ses mains, c’est tellement plus simple à contempler… plus simple qu’un Eddy qui rêve si fort et puis si loin (d’eux).
Si loin de ce qu’ils sont aujourd’hui, du moins.
Oui mais voilà Marja sait qu’il ne tient qu’à elle, avec lui, de transformer les aujourd’hui en hier et de ne vivre qu’avec des demains, et puis surtout elle sait que là, maintenant, elle se sent assez forte pour essayer de le faire. Même un tout petit peu.
C’est plus facile à deux.
Alors elle regarde Eddy et elle se dit que oui, oui elle voudrait bien faire tout ça. Elle laisse les mots se cogner contre les parois de son esprits et se jeter les uns contre les autres et exploser et elle fronce un peu les sourcils quand il dit « c’est pas ça du tout que j’te demande » parce qu’elle entend à moitié que ça veut dire qu’il ne voudra pas tout le temps d’elle, comme s’il lui proposait un contrat avec une date de début et de fin et après bah ça sera rien, juste Simon avec ses deux parents, oui, mais séparément. Et puis elle se dit aussi que c’est peut-être parce qu’il ne veut pas lui faire peur en l’emprisonnant, ou qu’il est aussi perdu qu’elle, ou… elle ne sait pas et puis ça tourne dans la machine à laver de ses pensées. Elle ne sait pas trop quoi penser et elle voudrait avoir un peu plus que dix-sept ans pour arrêter de dessiner des histoires entre les mots. Mais peut-être que même les vraies femmes (pas comme elles) tordent les phrases dans tous les sens jusqu’à en perdre le sens.
Enfin bon. Marja hoche la tête et puis en essayant de maintenir un semblant de sourire sur sa bouche qui reste fermée.
- J'suis d’accord..
Elle souffle ça encore plus doucement que le d’accord d’avant.
D’accord ok c’est promis Eddy je vais essayer et on va essayer de faire tout ça pour faire de Eddy + Marja un « eux ». On verra plus tard pour l’après.
- On… on pourrait commencer maintenant, enfin essayer au moins même si je sais pas trop comment faire.. et puis quoi dire mais… qu’est-ce que.. qu’est-ce que tu voudrais faire ?
On pourrait essayer à deux. Marja et Eddy, toi et moi puis moi et toi, même si pour combien de temps et puis comment, ça je sais pas. On pourrait essayer à deux, tous les deux.

Moi c’est ce que je voudrai faire.
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MessageSujet: Re: COUNTING SHEEP (MARJA)   Lun 31 Aoû - 13:31

Je crois qu’on peut y arriver, je crois aussi que tout est possible et que tout est réalisable lorsque l’on dit « je crois ». J’aimerais juste que mes pensées et mes morceaux de rêves deviennent concrets, qu’ils cessent d’être des songes et que Marja et moi on se transforme pour devenir autre chose. Autre chose mais en mieux. Pour ça il faut quand même être deux, parce que je veux bien être gentil, je veux bien protéger, faire attention, prendre soin, écouter, réconforter, mais ça je sais que tout seul, c’est pas possible.
- J’suis d’accord …
Mon sourire à moi s’étire, il devient très grand et je me dis.
Ouf.
Cette fois, je suis pas tout seul.
Parce que c’est vrai que la solitude, je la connais. C’est pas parce qu’on vit avec quelqu’un d’autre qu’on se sent moins seul, moins triste, moins en colère, plus aimé, etc. C’est pas parce qu’il y a quelqu’un que l’on croise dans la journée qu’on ne se sent pas moins seul. La solitude avec Marja je l’ai connue. Parce qu’il nous arrive de vivre ensemble mais sans se croiser, il nous arrive de passer une journée entière sans échanger un mot, sans se dire bonjour, au revoir, merci, à tout à l’heure, comment ça va aujourd’hui, tu devrais prendre un parapluie aujourd’hui, il pleut, ça te dit de faire un gâteau, est-ce que tu veux regarder un film, j’en ai marre de vivre ici, j’aimerais bien voyager, et moi devenir acteur, et moi faire le tour du monde, et moi recommencer de zéro.
Et moi j’aimerais être quelqu’un.
Pas seulement Eddy.
Quelqu’un qui compte pour quelqu’un d’autre, quelqu’un que l’on estime, quelqu’un à qui on demande « ça va aujourd’hui ? » quelqu’un avec qui on a envie de danser, de passer du temps, de rire, de jouer, de parler pendant des heures jusqu’à ce qu’il fasse nuit et même encore plus tard. J’en ai marre d’être tout seul dans ma tête avec mes pensées qui me tailladent et moi qui doit être plus fort que tout moi encore pour me battre avec tout ça, avec mon quotidien de merde, avec les colères de Marja et les pleurs de Simon.
J’espère qu’un jour j’aurai droit à une trêve. Une pause dans ma vie, quelque chose, un laps de temps suffisamment long pour que j’aie le temps de me reposer, de recharger mes batteries.
- On … on pourrait commencer maintenant, enfin essayer au moins même si je sais pas trop comment faire … et puis quoi dire mais … qu’est-ce que … qu’est-ce que tu voudrais faire ?
Mon sourire devient amer et grimace un peu sur mon visage.
- Je sais pas plus le faire que toi.
Ma voix est un peu cassante et ça ne me ressemble pas.
- Mais je crois qu’il y a mille et une manières pour être heureux ensemble. Ça doit déjà commencer par de la courtoisie entre nous deux : bonjour, au revoir, comment ça va, et toi tu dois apprendre à te calmer, à moins crier. Sinon on y arrivera pas.
C’est pas un reproche que je lui fais. C’est juste que … je sais pas si elle se rend compte, de tout ça. Je sais pas si elle sait ce que c’est d’être moi, d’être Eddy, de devoir apprendre à tout gérer à dix-neuf ans avec rien dans les poches, un plafond qui menace de s’effondrer, une moquette dégueulasse, un soleil qui vient jamais dire bonjour, une « copine » qui crie et qui pleure sans jamais s’arrêter parce que rien ne va.
- Et puis on pourrait … on pourrait déjà manger ensemble, se parler, regarder des films, prendre le temps de faire le quotidien à deux ou à trois. Bien sûr, il faut se laisser un espace vital, de l’air, quelque chose. Mais je pense que tu comprends l’idée.
Peut-être que plus tard on aura trouvé un équilibre correct entre nous.
Peut-être que plus tard on tombera enfin amoureux l’un de l’autre, peut-être que plus tard on aura appris à échanger sans pleurs, sans cris, sans colère, sans rien de négatif. Peut-être que plus tard Marja fera un pas vers moi pour m’enlacer quand ça ira pas, peut-être que plus tard Marja sera moins triste elle aussi parce que tout recommencera à briller au dessus de nos têtes.
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MessageSujet: Re: COUNTING SHEEP (MARJA)   Jeu 3 Sep - 0:49

Eddy a un sourire-accordéon qui se plie et se déplie au rythme des mots de Marja.
Un accordéon à lumière, avec des rayons qui brillent ou qui s’éteignent sur ses lèvres et qui font geler toute sa bouche puis son visage entier jusqu’à ses yeux qui deviennent comme des petits morceaux de glace chaude.
Ou un véritable accordéon, un bête instrument tout con qui produit des sons soit très jolis soit crissants-cassants. Ça casse les oreilles et ça fait trembler le cœur (un peu).
Et l’accordéon à sourires d’Eddy déraille un peu sans doute parce que si au début il se déversait tout en lumière musicale très douce, maintenant ses sourires se cassent un peu la gueule au-dessus de son menton. Il doit y avoir des accords cassés dans le mécanisme parce que ça crisse juste devant les dents du garçon.
- Je sais pas plus le faire que toi.
Il a la voix pleine de morceaux de verre et Marja se raidit. C’est pas très Eddy, de laisser la machine à bonheur de son cœur, c’est pas très Eddy les mots coupants et puis les sourires qui dégringolent et se décolorent.
Celui de Marja se fane complètement. La faute à un feu d’artifice d’intérieur qui s’arrête d’un coup, comme un spectacle qu’on arrête pour cause de pluie. Il pleut souvent à l’intérieur de Marja. Souvent et très fort, aussi.
Elle fronce un peu les sourcils, en le regardant comme pour voir à travers sa peau toute blanche (c’est que le soleil a du mal à percer à travers les nuages de malheur et de pollution qui flottent toujours au-dessus d’eux).
C’est pas très Eddy et puis c’est très lui, au fond. Parce qu’il a le droit, lui aussi, d’être cassé à l’intérieur et d’avoir le bonheur qui tombe en morceaux, à moitié ou tout entier, il a le droit lui aussi de tout cacher-pleurer-dedans puis espérer des choses qui ne viennent pas ou bonnes juste à être rêvées et puis c’est vrai que sa vie à lui aussi, elle est brisée. Alors il a le droit, parfois, d’avoir de l’amertume plein la bouche et de la laisser déborder par petites gouttes. Marja ne peut pas lui en vouloir pour ça.
Surtout quand elle, elle a de l’amertume et de la colère-tristesse-lasse qui se mélange avec son sang et qui bouche ses artères un peu trop souvent.
- Mais je crois qu’il y a mille et une manières pour être heureux ensemble. Ça doit déjà commencer par de la courtoisie entre nous deux : bonjour, au revoir, comment ça va, et toi tu dois apprendre à te calmer, à moins crier. Sinon on y arrivera pas.
Il continue et elle reste silencieuse près-loin de lui, à le regarder les sourcils froncés.
Elle sait qu’il a raison, Eddy. Elle sait tout ce qu’il dit et elle entend tout ça et ça appuie quelque part sur son cœur. Ca appuie un peu trop fort.
Un peu trop fort alors ça pète, ça explose et elle a la colère qui se remet à télécommander son visage alors elle tourne la tête vers la fenêtre pour se cacher. Pour qu’il ne la voit qu’à moitié.
Mais c’est pas sa faute si le feu d’artifice s’est éteint et qu’elle n’a plus de morceaux de lumière colorée pour alimenter la machine à faire des sourires vrais. C’est pas facile tout le temps d’être une fille-volcan.
Elle regarde par la fenêtre et elle a envie de croiser les bras sur ses tout petits, petits seins et de redevenir la Marja-tout-le-temps qui donne que des tempêtes à son Eddy sans parapluie. Des tempêtes de cris de rires ou de larmes comme des millions d’océans, ça ne change rien et elle déverse ça tout le temps sur lui qui ne fait rien qui ne dit rien et qui tente toujours de l’aider si bien. C’est automatique les grondements qui gonflent au fond de son ventre et elle voudrait lui dire à Eddy, elle voudrait lui dire tu sais moi je commande pas tout ça les colères et puis je voudrai bien me calmer mais tu m’énerves à toujours briller si fort et tu m’énerves à dire la vérité et c’est que je prends tout mal et j’aimerai bien pouvoir me calmer, j’essaye même parfois, souvent, mais ça ne marche qu’un temps. Elle voudrait lui dire plein d’autres choses qui ne sortent pas et elle reste là à regarder la glace couverte de crasse tandis qu’il reprend.
- Et puis on pourrait … on pourrait déjà manger ensemble, se parler, regarder des films, prendre le temps de faire le quotidien à deux ou à trois. Bien sûr, il faut se laisser un espace vital, de l’air, quelque chose. Mais je pense que tu comprends l’idée.
Eddy continue à faire son truc de calmer Marja rien qu’avec des mots qui tombent comme ça comme des petits flocons de coton au-dessus du feu de la fille au cœur-cratère, et ça le recouvre très lentement et pour par longtemps mais ça marche quand même (de temps en temps).
Mais elle a beau avoir l’énervement en mode automatique elle ne criera pas cette fois-là.
Elle est pas bête Marja et puis surtout elle voudrait bien faire, elle aussi, même si on ne dirait pas. Elle a entendu ce qu’il a dit et elle est fatiguée, Marja, elle est fatiguée de crier tout le temps puis de pleurer et elle est fatiguée de Simon aussi qui crie et pleure encore plus fort et elle est fatiguée de l’aimer de ne pas aimer Eddy, elle est fatiguée de dormir toute seule et puis fatigué du gris partout, collé partout dehors dedans jusque sur les murs de l’appartement. Ca s’imprime partout sur sa peau et elle devient toute grise elle aussi et elle se consume tout doucement.  C’est deux enfants, elle et lui, deux enfants dans un déguisement trop grand d’adultes et forcés de pousser trop vite. Alors ils poussent de travers et parfois c’est vraiment pas joli.
C’est rien que deux enfants dont l’enfance se consume en même temps que Simon grandit. Il poussait encore dans le ventre de Marja quand ses parents ont commencés à faire fondre leur innocence.
Alors Marja est fatiguée et elle pense à Simon qu’il ne faut surtout pas réveiller et elle a les mots d’Eddy qui tournent en rond dans son esprit. La tempête de coton commence à faire son effet ; elle n’a même pas envie de crier.
Elle se retourne vers lui et lui sourit de travers. Ça sonne un peu-très faux entre ses dents mais c’est toujours mieux que des éclairs dans le regard.
- Bah tu vois, tu savais plus que moi.
Elle a la voix qui coupe un peu aussi mais il a l’habitude, lui, de vivre avec un petit morceau de verre qui n’arrête pas de se fissurer (et Eddy doit trop souvent jouer le rôle du réparateur avec sa trousse pleine d’outils à fabriquer le bonheur).
Elle inspire et ses épaules tombent d’un coup.
- Je suis désolée…
C’est un peu un désolé universel, un désolé qu’on enregistre sur une cassette dans un coin de l’esprit et qu’on ressort aux prochaines colères ou aux prochains pleurs. C’est un « désolée Eddy d’être tombé sur moi » et c’est un désolé-tout-ce-qu’il-voudra.
Elle a la voix qui traîne maintenant et qui s’essouffle comme le(ur) temps.
Puis elle baisse les yeux sur ses mains qui s’emmêlent sur ses genoux.
- Si.. si tu veux je pourrai faire la cuisine certains soirs et ça serait comme un rendez-vous à ne pas manquer pour nous apprendre un peu à vivre à deux et puis surtout ensembles. Enfin à trois parce qu’il y a Simon mais Simon c’est pas pareil parce qu’il sera toujours là et lui on a pas besoin d’apprendre avec lui, enfin si, mais c’est le temps qui fait ça et puis… et puis on l’aime déjà Simon. (elle s’emmêle un peu plus les doigts et les mots font un peu pareil) Enfin… on pourrait faire ça ou alors regarder un film une fois par semaine ou faire les deux et manger un truc qu’on aurait préparé en en parlant, et je connais quelques recettes que ma maman m’avait appris, je pourrai te montrer si tu veux.
Marja a la voix qui tremble un peu quand elle parle de cette mère qui ne veut plus de son bébé de dix-sept ans maintenant qu’elle aussi est devenue maman.
- Peut-être que c’est juste un rythme à prendre et qu’il faut juste lancer la machine et faire des efforts entre nous et chacun de notre côté, et puis arrêter de disparaître chacun notre tour et tous les trucs qu’on fait de travers et devoir tout recommencer toujours…

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