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 terreur nocturne.

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MessageSujet: terreur nocturne.   Mer 12 Aoû - 21:50



Miette s'est faufilée à travers l’entrebâillement de la porte, sans faire de bruit. Être silencieuse, comme un fantôme, elle sait le faire à merveille depuis qu'elle a appris à vivre comme une morte. Elle s'était dit qu'elle renoncerait à tout le jour où Atome la quittera. Et ce jour est arrivé au seuil de ses treize ans, lorsque la Connaissance, cet ennemi abstrait et imbattable, lui a volé son Atome. Son frère, ou la moitié d'elle-même, a pris le train de banlieue pour rejoindre la grande ville et écouter les cours de l'Université. Cette lourde décision, qu'il avait pris tout seul dans son coin, sonnait irrémédiablement le glas de leur union. La fin de quelque chose ? Quoi ? Atome taisait le nom. Mais au fond d'elle même, elle en connaissait l'enjeu : la perte de l’innocence, la perte de l'enfance. Ce soir là, il lui avait volé ce quelque chose, l'avait pris dans ses mains, consciencieusement, comme une poupée de porcelaine que ne l'on voudrait pas cassé. Cette chose fragile, elle le lui avait offert, parce qu'elle savait qu'il y ferait attention. Toujours, quoiqu'il arrive. Mais elle se sentait vide sans cette chose au fond de son âme, logé entre le cœur et ses deux poumons. Elle n'était pas encore prête de devenir une femme. Alors qu'Atome, était déjà depuis ses sept ans, l'homme de trente ans, prêt à vivre pour la Connaissance, uniquement pour la Connaissance.
Depuis qu'elle est morte, elle s'enferme dans sa passion nihiliste pour le feu. Ces rêves rouges orangés qui obsèdent son esprit, depuis qu'Atome a quitté les lieux. Ce soir, les flammes rouges orangées ont illuminé toute la cité. Elle a frotté l'allumette qui s'est enflammée, et l'a jeté sur la voiture enduite de carburants. Ses deux amis se sont enfuis, tandis qu'elle restait immobile, absorbée par la jolie danse du feu. À en oublier la sirène des pompiers, celles des flics, et les cris des gens qui s'agglutinaient sur les balcons pour admirer le spectacle. Cette jolie danse du feu.
Atome lui avait dit qu'il n'y avait rien dans le feu. Mais Miette persistait à y voir une jeune femme à la peau cuivrée, onduler son corps de manière serpentine, danser pour les maudits et les macchabées. Cette femme, c'était peut être sa mère, jeune, ou elle-même, dans quelques années.

Dans l'appartement sombre, elle entend résonner la voix d'Atome, pris dans la mélancolie de l'histoire qu'il raconte aux brothers and sisters, qui tombent de fatigue, l'un après l'autre dans les bras de leur grand frère. Elle reste un moment dans la minuscule entrée de l'appartement écouter ces mots qui veulent tout dire, écouter cette voix qui l’apaise de ces tensions nocturnes.


Dernière édition par miette le Jeu 20 Aoû - 17:03, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: terreur nocturne.   Ven 14 Aoû - 17:21


Voguant de port en port, ils sont les goélettes naviguant sur les océans houleux à la recherche du nouveau quai où se ravitailler. Ces goélettes ont des formes humaines, des têtes, des mains, des orteils. Les océans houleux sont les rues dallées de la grande ville et leurs ports, leurs ports sont les bars, accueillant les diverses goélettes déchues qui ont besoin de carburant à qu'importe heure du jour, qu'importe jour de la semaine. Ces goélettes abandonnant leur famille à la recherche de ce liquide aux couleurs violacées et aux effets concupiscents. Ces goélettes qui peuvent être des connaissances, des amis, des parents. Des parents banlieusards, préférant se noyer dans la fugacité plutôt qu'affronter la dure réalité de leur foyer, celle des enfants.


***

« Ernest, où est maman ?, demande le petit Louison.
- Ernest, où est papa ?, demande le petit Flavien.
- Ernest, où est Jeanne ? », demande la petite Martha.
Ernest sait où est papa. Sait où est maman. Mais ne sait pas pour Jeanne. Pour sa petite Miette, perdue dans la cité aux quatre planètes. Il s'en ronge les ongles, s'en tire les cheveux. Il passe son temps à regarder à travers les fenêtres rondes de la tour, recherchant une petite étincelle orange qui indiquerait la présence de sa petite soeur. Mais l'obscurité règne et enveloppe les yeux d'Atome de son rideau noir et opaque. Il a envie de sortir, de crier le nom de Miette jusqu'à en perdre la voix. Cette envie le tenaille, lui déchire l'intérieur. Mais il a promis. Promis qu'il s'occuperait de ses frères et soeurs. Promis qu'il ne les laisserait pas tomber comme le fait ses parents quatre soirs par semaine. Et il tient sa promesse, quoique la disparition soudaine de Jeanne soit pour lui une défaite incorrigible.
« Il se fait tard, allez-vous mettre au lit.
- Nous ne sommes pas fatigués !, dit Suzanne.
- Oui, raconte-nous une histoire pour nous endormir !, dit le petit Louison, accroché à la jambe d'Atome qui les regardait un sourire au coin des lèvres, n'arrivant pas à effacer Jeanne de ses pensées.  
- D'accord, d'accord. Mais avant, brossez-vous les dents et mettez-vous au lit ! »  Ils capitulent rapidement et s'élancent tous vers la petite toilette, se brossant les dents l'un par-dessus l'autre, chacun crachant presque sur son frère et ou sa soeur. Atome se demande ce qu'il pourrait leur raconter. Il avait déjà vu cette histoire, avec ce titre auquel il ne pouvait arrêter de penser. « La petite fille aux allumettes ». Il ignorait ce qui se passait dedans. Mais le titre. Le titre, c'est sa petite Miette. Jouant avec sa boîte d'allumettes, mettant le feu à des poubelles.
La petite fille aux allumettes, c'est sa soeur.

« C'est l'histoire de cette petite fille avec sa boîte d’allumettes. Elle vivait dans un pays où les hivers sont tellement froids que même les pingouins ont besoin de manteaux de fourrure. Elle traînait sa boîte d'allumettes partout avec elle, la tenant toujours dans ses mains. C'était la prunelle de ses yeux, son trésor à elle, qu'elle refusait de partager avec quiconque. Un beau matin, la petite se promenait dans les rues de la ville quand un groupe de jeunes garçons s'avança vers elle et lui demandèrent des allumettes pour allumer leurs cigarettes. La petite fille refusa, disant que c'était ses allumettes à elle et à pas à eux. L'un des jeunes garçons, outré devant ce qu'il considérait un élan d'égoïsme, essaya d'arracher la petite boîte des mains de la petite fille. Mais elle la tenait fortement et le garçon abandonna et quitta avec ses amis. Suite à cette altercation, une première bosse était apparue sur la boîte d'allumettes si précieuse de la petite fille. Le lendemain matin, la petite se promenait dans les rues de la ville quand elle rentra chez le boulanger pour aller chercher un pain frais du jour. Le boulanger, attristé à son comptoir, sautillant de joie en voyant la boîte d'allumettes. Il expliqua à la petite fille que son four à pain refusait de fonctionner et qu'il avait besoin d'une allumette pour le rallumer, mais que le marchand d'allumettes était fermé pour la journée. La petite refusa de lui en prêter, disant au marchand que c'était ses allumettes et qu'elles ne pouvaient pas allumer un feu pour quelqu'un d'autre. Le boulanger, désespéré, essaya d'arracher la boîte des mains de la petite fille. Mais elle la tenait fortement et le boulanger abandonna, retournant pleurer derrière son comptoir. Suite à cette altercation, une deuxième bosse, plus grosse que la première, était apparue sur la boîte d'allumettes. Le lendemain matin, le dernier matin de l'année et également le plus froid, la petite se promenait dans les rues de la ville quand elle croisa des mendiants frigorifiés. L'un d'eux s'approcha et demanda à la petite fille du feu pour se réchauffer. Elle refusa, expliquant que ses allumettes étaient à elle et pas à lui. Le mendiant, fâché, essaya d'arracher la boîte des mains de la petite fille. Mais elle la tenait fortement et le mendiant, à bout de force, demanda à ses amis de l'aide. Ils se propulsèrent tous sur la petite fille, la tirant de tous côté. Une troisième, quatrième, cinquième bosse apparue sur la petite boîte. Puis, le premier mendiant réussi à attraper la boîte. La petite fille tomba sur le sol, des larmes glacées perlant sur ses joues blanchissantes. Elle mourut dans la neige, devant les yeux ébahis des mendiants qui regardait le contenu de la boîte d'allumettes. À l'intérieur, se trouvait le coeur de la petite fille. Son coeur ensanglanté et sans vie... »

Atome ne prononce pas le mot « fin ». Ses frères et soeurs dorment déjà, emmitouflé dans leurs couvertures. Seul Louison est toujours accroché à lui, les deux yeux fermés, et Ernest va le placer dans son lit, un petit sourire sur les lèvres. Il regarde dehors et se dit qu'il pourrait chercher Miette. Il ferme la porte de leur chambre et se déplace dans l'appartement sombre, se dirigeant vers l'entrée. Plus il se rapproche, plus il peut la sentir. Elle est là. Oui, il peut la voir, ses yeux brillent dans le noir comme un chat. Il fait semblant qu'il ne l'a pas vu et s'arrête devant elle, allumant ensuite la lumière du petit vestibule. Il a envie de la secouer, de lui donner une gifle. Mais il ne fait rien de tout ça. Non. Il enroule ses bras autour d'elle et dépose son menton sur sa chevelure. Il ferme les yeux.
« Où étais-tu ? Dis-moi tout Jeanne. Ne me ment pas. »
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MessageSujet: Re: terreur nocturne.   Jeu 20 Aoû - 16:52


(CARL ORFF - CARMINA BURANA)

L'histoire qu'il raconte ce soir est la sienne, elle le sait. Celle qu'il a inventé rien que pour elle, et qu'il aime conter aux brothers and sisters lorsqu'elle est absente. C'est l'histoire de sa fin, et la manière dont Atome la transmets à ses quatre frères et sœurs est une façon de faire son deuil. Faire le deuil de la Miette, joyeuse et tranquille, qu'ils ont connu autrefois. Atome sait que Miette est morte, il l'a vu dans ses yeux vitreux, qui ne fixent plus qu'un seul objet : le feu. Il a vu que de ses caresses et de ses baisers , elle ne répondait rien. De ses mots doux et de ses histoires, elle n'était plus émue. Peut être, qu'elle aussi, elle devient un grand. Un adulte. Un parent. Quelqu'un qui, dans la nuit noire, s'enfuit en dansant la valse autrichienne au son lointain de la musique, titubant au bras de l'amant vers la grande ville.

(Miette, la goélette qui s'enfuit chercher du carburant, un soir, rencontre au bord du fleuve, deux pirogues aux tatouages tribales qui lui proposent leurs deux bidons de gazole, la meilleure huile de toute l'île.)

Quelques heures plus tôt
C'te gadji-là qui s'pointe dit Gazole, d'un air méfiant. Il l'a toujours regardé ainsi, avec ses yeux noirs. Il lui manque une dent, ou peut être bien deux. Son sourire édenté lui donne un drôle de visage, celui d'un pirate bien amoché. Miette !!! Le petit microbe Butane se lance à toute vitesse dans les bras de la jeune fille qui le réceptionne avec tendresse. Ce mioche lui rappelle un de ses quatre brothers and sisters, ou tous à la fois,un mélange de leur turbulence et de leur affection. Elle retire son bonnet, et l'embrasse sur le front. Gazole crache un beau mollard sur le sol. Il n'aime pas tout ce cirque entre Miette et Butane, tout ce relent d'amour qu'il proscrit pour les autres gens, les gadjés. V'nez qu'on rodave pas là toute la journée, j'ai trouvé une planque dans la forêt. Miette les suit, parce qu'avec eux, elle a trouvé une nouvelle famille. Ils zonent pendant des heures dans la cité, dans les  alentours, en bord de route, à l'étang de mercure, entre les déchets du terrain vague, lointain dans la campagne. Ils s'inventent des jeux pas réglos, font des trucs illégaux. Parfois, Gazole trouve une idée. Une idée de génie, comme il le dit.
Ce soir, il a ramené un drôle de flacon rempli d'un liquide brun. Il en boit une gorgée et fait passer la bouteille à Butane qui l'imite. D'la booze. Jeanne prend la fiole et la porte à ses lèvres, elle en boit une gorgée et fait une grimace au contact brûlant du liquide amer. Ca t'boostra. Miette comprend qu'elle a bu un peu de carburant, celui qu'on met dans les voitures, celui que boivent ses parents lorsqu'ils deviennent heureux. Elle prend tout ce qu'on lui passe, le mégot de cigarette, la fin du joint. Et même si elle ne sait pas tirer dessus, elle les fait comme eux, parce qu'elle pense que sinon les deux gitans la laisseront tomber.
Ce soir, le grand gitan a une idée dans la tête, une obsession. Il a bu un coup de travers qu'il n'arrive pas à digérer. Il leur explique le plan. Le gérant de la supérette de quartier l'a accusé à tort d'avoir voler de la nourriture dans son magasin. Gazole souhaite brûler sa voiture, garée que le parking derrière la tour de Neptune. Il a déjà été volé deux bidons d'essence à côté de la caravane de son oncle. Il n'y a plus qu'induire la voiture d'essence, et d'y jeter l'allumette enflammée. A ces mots, Miette jubile. Les deux acolytes acceptent, en insultant de tous les noms l'homme qui avait fait de la stigmatisation. Ils se mettent en route jusqu'au parking. Gazole donne les directives. Il donne aux autres le protocole à suivre. La voiture est là, les deux bidons d'essence aussi. Les deux gitans s'occupent du carburant, Miette du feu. Chacun a son rôle. Un rôle bien défini.
Miette frotte l'allumette contre la paroi inflammable de la petite boîte en carton, et elle la jette, la petite allumette en feu sur la voiture qui s'illumine sur le parking. L'explosion détonne, et quelques habitants de Neptune sortent sur le balcon. Ils voient la jeune pyromane admirer son exploit avec exaltation, et les deux jeunes gitans courir se cacher. Hé la gadji reste pas là ! Lui crie Gazole, y'a les  keufs qui s'ramènent. Mais elle n'entend pas, elle écoute le crépitement du feu qui lui « viens avec moi ». La sirène des pompiers retentit au loin. Gazole l'attrape par le bras et la pousse dans un buisson. Il l'engueule, mais elle n'entend pas.
Elle se souvient du crépitement du feu.

Jeanne n'est toujours pas redescendu de son moment de jubilation. Encore, dans ses oreilles et dans son cœur, elle entend le crépitement du feu. Et ce n'est que le contact du frère aîné qu'elle rouvre les yeux. Elle a oublié, tout oublié. « Dehors, dans la nuit, je jouais avec deux amis. »
Mais sur ses mains, les marques de brûlures ne mentent pas.
Mais sur ses jambes, les hématomes ne mentent pas.

« Avec deux amis à moi, on joue. On faire rien de mal. On joue au jeu des goélettes. »
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