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 Pour une nuit avec toi. (Isaïe)

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MessageSujet: Pour une nuit avec toi. (Isaïe)   Ven 15 Mai - 22:16

J'ai envie de le voir.
Je ne comprends pas nécessairement ce besoin. Je ne peux que le tolérer, faire comme si c'était naturel. Avec le temps, ça l'est devenu. C'est quelque chose que je ne comprends pas moi-même. Le magnétisme d'Isaïe m'échappe totalement, tout ce que je sais, c'est que j'en suis la victime. Peut-être devrais-je le haïr de m'avoir rendu si dépendant à lui.
Ou peut-être devrais-je simplement le remercier de tenir ainsi à moi.
J'hésite un peu avant de l'appeler, pour lui demander s'il veut passer la nuit avec moi. J'ai bien dit avec moi, pas chez moi. C'est comme ça, avec Isaïe, d'étranges paroles s'échappent de ma gorge. Quand bien même nous ne ferons rien de particulier, je le vois passer la nuit avec moi. Au fond, c'est là mon véritable désir : pas de le savoir chez moi, mais de l'avoir à mes côtés. Quand je raccroche après l'avoir entendu qu'il viendrait, je reste un instant à fixer l'écran de mon portable, tel un idiot. Puis je me relève et je me bouge. Ce soir, je fais la cuisine.

Je n'ai pas tout à fait fini quand il arrive. Comme d'habitude, je prends du retard. J'ai trop pensé à lui. A ce que je rêvais de lui dire, à ce que je rêvais de lui taire. Je me sentais envahi par une curieuse euphorie alors que je me dirigeais vers la porte d'entrée. Un sourire béat s'était accroché à mes lèvres, et quand je lui ouvris la porte, il me fallut faire preuve d'un self-control immense pour ne pas lui sauter dessus. L'envie me tenaille, parfois ; et parfois j'y cède sans vergogne. A d'autres moments, je me contente de lui sourire et de lui tendre la main, quand bien même mes yeux trahissent souvent mes intentions. Pourquoi donc, alors que je ne suis même pas amoureux de lui ?
« Isaïe. »
Je ne murmure que son prénom, je n'en ai pas besoin de plus. J'ai l'impression qu'il peut lire en moi comme dans un livre ouvert. Que je suis en souffrance de ne pas l'avoir vu depuis si longtemps - et on s'est vus hier. Parfois j'ai honte de crever autant en son absence. Parfois j'aimerais ne pas être aussi accro à sa présence. Si je pouvais vivre quelques jours sans lui, les choses seraient plus simples.
Mais je ne peux pas.
Je peux dire ce que je veux, il est tout pour moi.
Je le prends par la main et je l'entraîne à l'intérieur, un peu à la manière dont un homme se dépêcherait de faire entrer son amant, par peur de ce que les gens diront s'il traîne trop sur le palier. Je n'ai pas peur qu'on me voit avec Isaïe. Tout le monde sait de toute façon que nous sommes proches comme des frères. Peut-être plus que cela. Je referme la porte derrière lui, je la verrouille par mesure de précaution, et je lui fais signe de me suivre dans ma cuisine.
« En fait, je n'ai pas fini. Si tu veux m'aider ? »
Tiens, cela me fait penser que je porte toujours mon tablier. Non, il n'est pas rose. Il est violet. J'ai toujours aimé cette couleur, je ne sais pas trop pourquoi ; elle a quelque chose d'incroyablement viril. Quelque chose de sanguinaire, même ; elle m'évoque le camaïeu sombre qui vous colore la peau quand vous souffrez d'une ecchymose récente. Malheureusement, je n'en ai qu'un seul, et c'est dommage ; cela aurait été marrant de nous voir ainsi tous les deux. J'apprécie toutes ces ressemblances qu'il peut y avoir entre nous, même si elles sont aussi insignifiantes. Cela me donne l'impression qu'il est une part de moi.
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MessageSujet: Re: Pour une nuit avec toi. (Isaïe)   Ven 15 Mai - 22:55


    La musique sonne un peu fort dans mes oreilles, ça bourdonne, ça me fait mal à la tête, mais je sais que si j’enlève le casque, le silence va m’attaquer, me sauter à la gorge et j’vais en crever. J’ai encore besoin du bruit des basses qui tambourinent et des paroles qui racontent des mondes un peu plus colorés que nos tours. Sur mes genoux, les feuilles griffonnées, et mes doigts couverts d’une encre de mauvaise qualité. Y en a plein les draps putain. Des tâches comme des ecchymoses. Faudra faire une lessive. Que les habitudes du quotidien sont barbares. Et je sais pas écrire de poèmes. C’est triste, tout ces cadavres de mots qui se sont échappés de mes doigts. Et puis ça vibre un peu sur le lit, ça me fait peur au début, j’étais encore perdu dans mes pensées. C’est juste ton portable Isa’, faut te réveiller. Pixels noirs et blanc, et le nom adoré. Merde. Ça illumine ma journée. De savoir qu’il pense à moi, juste un peu. Et ça fait des feux d’artifices dans ma cage thoracique quand il veut que j’aille passer la nuit avec lui. Je suis peut-être fou, mais parfois j’ai l’impression que je lui manque et ça me rend stupidement heureux. Et puis je sais pas dire non à Ezekiel. Faut juste que je finisse mon poème. Sinon je vais lui vomir des mots pas à propos. Des histoires de comètes et d’explosion solaire. Alors je laisse le téléphone retomber quelque part dans les draps, je reprends mon crayon, et j’essaye du mieux que je peux. Ça arrache un peu du gris des murs.

    J’ai oublié que j’étais en pyjama, il m’a fallut deux étages pour m’en apercevoir. C’est le feu aux joues que je remonte pour me changer, et je suis sur d’avoir entendu l’une des voisines se marrer. Est-ce que je suis censé venir avec une bouteille, quelque chose, n’importe quoi, pour le remercier de son hospitalité ? M’man elle disait toujours qu’il faut faire bonne figure. Mais c’est Ezekiel, il m’en voudra pas d’être fauché, hein ? J’ai quand même fourré dans la poche de mon jean quelques feuilles gribouillées. Est-ce qu’on peut offrir des mots contre un dîner ? Je suis ridicule. Parce que j’essaye de retarder le moment où je vais descendre voir mon meilleur ami. Ça sonne bizarre dans la tête. Comme un instrument mal accordé. J’ai l’étrange envie de courir, et tant pis si je suis encore en pyjama, mais aussi de m’enfermer à double tour chez moi. À ce train là, je vais virer agoraphobe. Le mec de Pluton qui veut pas sortir de son clapier. Bouge Isa’. Prend tes clés et ta fierté. Avec le coeur qui bat la chamade, comme si j’allais retrouver un vieil amant. On s’est vus hier, c’est bête. Bête ouais. Pourtant quand il ouvre la porte, y a plus rien de bête. Je suis juste content qu’il soit là. Il sent bon ce con. Une odeur qui réveille des souvenirs d’après-midi ensoleillés, et d’autres pluvieux emmitouflés sur le canapé. Et puis merde, j’aime bien quand il dit mon nom. Ça fait crépiter les feux d’artifices. Alors je serre doucement ses doigts entre les miens et je rentre dans l’appartement, sans même faire attention à la porte qu’il ferme, mais mon ventre hurle un truc bien sonore, comme quoi il a faim, que je le maltraite peut-être, ça fait un borborygme tout laid, mais ça me fait un peu marrer. « Qu’est-ce que tu nous a fait ? » Il sonne beau ce nous. Il sonne comme une entité au singulier. Bien sur que je vais l’aider à cuisiner. Même si je suis maladroit, et que s’il me demande de lui verser du sel, il va nous falloir des torrents pour faire passer. J’ai beau chercher, pas l’ombre d’un tablier pour moi. Mes vêtements ne sont pas à une tâche de sauce près. Je m’arme d’une spatule, et d’un sourire plein de dents. J’ai envie de lui dire merci, mais j’ai pas de raison à ce merci. Juste d’être lui. Et de bien vouloir de moi.
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MessageSujet: Re: Pour une nuit avec toi. (Isaïe)   Sam 16 Mai - 22:45

A peine arrivé, je ne lui laisse pas le temps de souffler, je l'entraîne dans mon sillage. J'aime le savoir ainsi emporté, j'ai l'impression que je me l'approprie, c'est rassurant, d'une certaine manière ; au fond, j'ai toujours cette peur insensée de le perdre. C'est insensé, car il n'est pas mien. C'est juste mon meilleur pote. Cependant, je ne veux pas le laisser s'éloigner de moi. Même s'il ne semble pas le désirer, lui non plus. Quand je l'entraîne dans ma cuisine, il ne proteste même pas, ne souligne pas l'effroyable impolitesse de mon comportement. Curieusement, j'ai l'impression que ma pièce s'est illuminée depuis qu'il est entré. La soleil se couche et je n'ai pas encore allumé la lumière, de sorte que le ciel s'assombrit ; mais c'est comme si, avec Isaïe, tout était plus clair. Je souris bêtement à cette pensée, avant de me ressaisir. Je ne prétends pas être un bon cordon bleu, il y a simplement quelques recettes que je méprise bien. Et puis, je vis seul et je refuse de céder au cliché du célibataire qui se laisse aller. Mon chez-moi est minuscule, il serait aisé de laisser le bordel m'envahir. Voilà pourquoi je m'astreins à une certaine hygiène de vie. Dans le fond, je suis un rêveur, je pourrais vite devenir négligé.
« Hum... alors j'ai fait un gratin de pommes de terre, des saucisses, des haricots, des petits pois et j'essaie de terminer ma salade. » Je m'arrête soudainement, une pensée me traverse l'esprit. « Euh... en fait, j'en ai peut-être fait un peu trop pour nous deux, non ? »
Parce qu'en plus j'ai fait d'autres choses, qui reposent au réfrigérateur... non, mais qu'est-ce qui m'est passé par la tête ? Quand je pense à Isaïe, je ne compte pas, je me laisse emporter, parce que j'ai envie de lui faire plaisir. J'ai toujours cette envie, d'ailleurs. Il est vrai que je suis égoïste avec lui, que je tends à me l'approprier, mais j'essaie aussi de le rendre heureux. Je ne me sens pas bien quand Isaïe ne sourit pas. Je suis incapable de supporter l'idée qu'il puisse souffrir. Sauf quand c'est moi qui lui fais du mal - et même là, c'est le genre de choses qui me torturent.
« Je cuisine comme ma mère... »
Et je ris, pour cacher mon embarras. Parce que c'est totalement faux, ma mère ne nous a jamais fait cela, elle, c'était plat cuisiné pour tout le monde, comme si elle allait s'embêter à cuisiner. Déjà qu'elle se fait des idées sur Isaïe et moi... elle n'a vraiment que cela à faire, s'interroger sur l'état de ma relation avec mon meilleur ami. Non que cela la regarde.
« Coupe simplement le concombre en rondelles, je finis assaisonnement et ce sera bon. »
Je m'éloigne un peu de lui. Je ne sais pas pourquoi, le fait de me couper un peu de sa présence m'étouffe. J'ai l'impression... que cela ne va pas. Pourtant, il n'est qu'à quelques pas de moi. Ce que je n'aime pas, je pense, c'est la banalité de notre échange, et le fait que rien, dans notre attitude, fait pour contrebalancer cette platitude. Je me mords la lèvre. Puis je lève la tête et j'attends que nos regards se croisent. Il doit se douter de quelque chose dès ce moment-là : dès ce moment où je l'observe avec un sérieux mortel.
« Dis. Tu dors dans mon lit, ce soir ? »
J'ai bien dit dormir. On ne fera rien de plus, de toute façon. Bon, peut-être pas, après tout, quand on est à côté de quelqu'un, impossible de ne pas le toucher mais... on ne fera rien de grave. C'est juste de dormir qu'il s'agit, j'aurais pu lui demander s'il préférait dormir sur la banquette ou si je devais lui mettre un matelas par terre, à côté de mon lit. Il paraît que ce n'est pas naturel de le partager avec quelqu'un qu'on n'aime pas. Moi, je ne sais pas. Je sais qu'on ne couchera pas ensemble, il n'y a donc aucune raison pour que je le laisse dormir loin de moi. C'est mon meilleur ami. C'est Isaïe. Je ne vais pas le cacher, je ne dors jamais mieux que quand je le sais près de moi. Comme si sa présence chassait mes mauvais rêves. Comme si j'arrivais vraiment à me détendre, parce que je ne suis pas seul, c'est comme si je me sentais en sécurité.
Ne sont-elles pas un peu bizarres, mes pensées ?
… Pas étonnant que ma mère soit persuadée qu'Isaïe et moi, on sort ensemble.
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MessageSujet: Re: Pour une nuit avec toi. (Isaïe)   Dim 17 Mai - 18:12

    Il est les sourires au creux de la nuit. Les éclipses qui éclairent mes vies. J’ai de la peine pour le monde qui n’a pas Ezekiel et ses rires. Il est beau vous savez. Beau comme les aurores boréales. Ça lui déforme les traits, ça le rend intemporel. Ezekiel il brille tout bas, pour ne pas qu’on le voit. Juste assez pour moi. Ça fait des soleils dans mon coeur. Des galaxies sur mes lèvres. Il crée des univers juste avec cet embarras qu’il dissimule sous des sourires. Ezekiel il me manque même quand il est à quelques pas. Ezekiel c’est une drogue dure. J’en veux toujours plus, mais un jour ça me tuera. J’ai ma spatule et mes univers qui palpitent entre les mains. Demande moi le monde Ezekiel, je te l’offrirai sans regret. L’appartement est foutrement familier, je pourrais m’y déplacer les yeux fermés. Mais sa main dans la mienne a le gout des débuts, le gout de la timidité que j’adore chez lui. Comme si j’avais encore quelque part le pouvoir de le blesser. Je me déteste l’instant d’après. Pourquoi, chaque fois qu’il s’agit d’Ezekiel, l’envie des sourires se mêle à celle des blessures. J’ai l’estomac qui hurle des suppliques de condamné. Je suis affamé. Ça gigote un peu dans ma poche, mais je repousse du bout du doigt la petite gerbille qui y dort tranquillement. Je ne pouvais pas la laisser toute seule dans mon appartement, hein ? Et puis ça roule comme des cascades dans ma gorge, les légers rires. Je me serai contenté d’un quignon de pain rassis, pour discuter avec lui. Et il est tout embarrassé comme un enfant trop enthousiaste.
    «  Tu veux me rendre obèse ? » Mais ça me touche. Qu’il se donne du mal. Qu’il fasse les choses en grand. Ce n’est que moi, mais j’ai l’impression que ça compte pour Ezekiel. Que je mérite un peu de lui, de son temps. Alors ça me fait mal aux joues, de retenir ce sourire qui pourrait avaler nos banalités. Ça me va Ezekiel. Que tu parles de rien. Je sais que les mots c’est compliqué. J’en ai des nuages gribouillés plein la tête, des feuilles froissées comme des tapisseries de l’esprit. Je sais que parfois j’ai ces émotions sur le bout de la langue, et ça pétille comme du champagne que je n’ai jamais bu, c’est du coca en mieux, du rire à bulles, mais ça bloque juste là, entre les lèvres, sur le chemin du monde. Ça refuse de naître, ça ne veut pas exister. Les mots sont lâches. Je préfère tes silences. Ça s’agite de plus en plus dans ma poche. Je crois qu’elle a faim. Retourne te coucher petite bête. Je te garde pour moi. Putain, je parle aux souris. Ça me fait presque rire. « Tu cuisines mieux que ta mère. »
    Je me mords la lèvre à peine les mots prononcés. Je t’avais bien dit que les mots sont des salauds. Ils sont traitres. C’est juste que j’aime mieux ta cuisine. Surtout quand tu la fais pour moi. Quand je sais que tu as voulu faire ça pour moi. Je suis avide de ton temps et de tes attentions. Merde. Je suis debout dans la cuisine de mon meilleur ami à couper un concombre en rondelles et chaque atome de mon foutu cerveau lui hurle son adoration. Qu’est-ce qui ne va pas chez moi. Je m’applique. La chair tendre qui cède sous la pression du métal. Encore, et encore. Ça me calme. Quand je relève enfin la tête, il est là avec sa tête d’enfant timide. Demande Ezekiel. Le ton de sa voix me donne envie de courir le prendre dans mes bras, comme un chiot perdu dans la tempête. « Oui. »
    Je repousse doucement les morceaux de concombre, je n’ai pas envie de l’affronter maintenant, j’ai les mots qui se bousculent, mais je peux pas le laisser sur quelque chose d’aussi froid. Mais je sais pas faire taire les feux d’artifices qui me courent dans les veines. Je glisse un morceau du légume dans ma poche pour le rongeur qui s’agite.
    « Tu sais que je prends toute la place et que je pique toutes les couettes ? »
    Avec un sourire, j’attrape le plat pour passer à table, et j’voudrais lui cacher que j’en sautille intérieurement, que si j’avais encore dix ans j’en ronronnerais contre lui, mais j’ai grandi, je suis plus l’enfant qui hurlait à tue-tête dans les couloirs d’un hlm abimé qu’Ezekiel je l’aime. C’est fou comme c’est innocent un sale gosse. Comme ça croit dur comme fer que ce garçon à qui on envoie toujours la balle pendant les balles aux prisonniers sera toujours celui avec qui on partira au bout du monde avec un simple sac sur l’épaule. L’angoisse qui me saute à la gorge, la panique dans tous les membres, j’ai peur de le perdre, de dire les mauvais mots, ceux qu’il ne veut pas, ça me casse un peu la voix.
    « Ezekiel, on sera toujours amis dans dix ans ? »
    Regarde moi cet imbécile qui s’inquiète plus pour une amitié que pour son avenir foutu. Ça pourrait être pathétique si c’était pas aussi vital. Ma vie elle fonce droit dans le mur. Vingt deux ans et l’avenir gâché. Et uniquement pour se raccrocher, des poèmes épuisés et un ami qui cuisine sur une planète oubliée du système solaire.
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MessageSujet: Re: Pour une nuit avec toi. (Isaïe)   Dim 17 Mai - 21:37

Je ne me comprends pas, je ne saisis pas ce que j'essayais de faire, je suis simplement victime de cette attraction qu'Isaïe exerce sur moi. Isaïe est un astre autour duquel je gravite, la seule lumière dans cet océan de noirceur que constitue la cité. Je suis incapable de m'en éloigner, mes pas finissent toujours par me faire revenir vers lui. Pourtant, ce n'est pas comme si je souffrais de la situation. Le voir à mes côtés, dans ma cuisine, me donne envie d'aller l'approcher pour lui déposer un baiser sur la joue. J'apprécie ce genre d'attentions tendres, ces façons de lui témoigner mon affection - quand bien même, pour certain, cela semble étrange. On tolère que deux hommes s'embrassent pour se dire bonjour, mais s'ils le font en dehors, sans raison particulière, on les regarde de travers. On est chez moi, là, j'habite seul et il n'y a personne pour nous juger. Et surtout pas ma mère, qui nous assénerait un regard noir en nous enjoignant à nous comporter comme deux hommes. C'est-à-dire deux hommes hétérosexuels. Qu'est-ce qu'elle y comprend, de toute façon ? Que je sois hétéro ou non, cela ne change strictement rien à l'amitié qui me lie à Isaïe. C'est mon meilleur ami, l'homme que je place au centre de mon univers ; qu'importe ces considérations sur nos sexualités respectives ?
« En même temps, ma mère n'est pas du genre affectueuse. »
Sous-entendu, moi, je le suis. Je sais qu'il ne me contredira pas de toute façon, pas plus qu'il ne refuse de dormir dans mon lit. Au contraire, c'est le genre de propositions qui ne le choquent pas du tout, et c'est ce que j'aime chez Isaïe. On se comprend parfaitement, on se sent tout à fait à l'aise avec l'autre. Il n'y a pas de réelle pudeur entre nous, peut-être aussi parce qu'aucun ne regarde le corps de l'autre avec désir, cela doit aider. Me sentirais-je aussi à l'aise si j'apprenais qu'Isaïe avait en fait envie de coucher avec moi ? sans doute pas, je garderais mes distances. C'est précisément parce que cette envie n'existe pas en nous que nous pouvons agir ainsi vis-à-vis de l'autre. Que je ne me sens absolument pas gêné d'être nu devant lui, que je n'ai aucun complexe à laisser mes mains se balader sur sa peau. Lui et moi, nous pouvons en faire tant, je ne comprends pas pourquoi les gens se sentent si perturbés par cette idée. Quand on adore quelqu'un, n'est-ce-pas cohérent de rechercher une forme de proximité physique ? même si cette proximité pouvait revêtir un caractère sexuel pour beaucoup ?
« Oh, mais je lutterai. Les couettes seront à moi. » Puis, soudainement, je me mets à rire. « A ce rythme, on ne dormira pas beaucoup cette nuit. »
En même temps, dormir est-elle vraiment la seule chose au programme ?
J'aime jouer avec lui.
Tout est prêt, il est temps de passer à table, et mon idiot de meilleur ami me sort la plus déprimante qui puisse exister sur Terre. On sera toujours amis dans dix ans ? Je me demande ce qui lui est passé par le tête pour qu'il m'interroge. J'ai envie de me moquer, mais le cœur n'y est pas. C'est beaucoup trop sérieux, comme interrogation. Alors je me place dans son dos et je l'enlace. Je sens à quel point Isaïe est tendu, à quel point la réponse est importante à ses yeux.
Alors non, je ne lui dirai pas que non, dans dix ans, on ne se verra plus, juste pour le charrier. Même moi, j'ai mes limites.
« Jusqu'à la mort, Isaïe. Moi, je ne te lâcherai jamais. Même si tu te maries, je viendrai squatter. Je... »
Je raconte un peu des bêtises, oui. Le genre de platitudes que sortiraient un amoureux transi. Je n'y peux rien, parce que c'est véritablement ce que je ressens. Je suis accro à Isaïe. Je ne pourrai jamais m'éloigner. Je ne sais pas si nous serons toujours amis dans dix ans. Mais même si nous en venions à détester, je serais toujours à ses côtés. Je serais toujours là pour lui, parce que nous nous sommes enchaînés trop mutuellement, nos survies en dépendent. Parce que dans ma vie, il n'y a pas grand-chose, sinon lui. Je ne pourrai jamais quitter cette cité, quand bien même j'en crève, s'il n'est pas avec moi.
Et je sens que ma prise se resserre.
Mon souffle dans son cou secoue quelques cheveux.
« J'ai besoin de toi. »
Voilà, je l'ai lâchée, ma bombe.
Maintenant, je ne peux plus prétendre que nous ne sommes que de simples amis. Nous sommes un peu plus que cela. Mais je crois qu'il l'avait déjà compris.
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MessageSujet: Re: Pour une nuit avec toi. (Isaïe)   Dim 17 Mai - 23:42

    Sur mes doigts tâchés par les crayons tenus toute la journée gisent les cadavres des poèmes que je n’ai pas su écrire. Peut-être que je devrai arrêter, peut-être que parce que parfois, j’ai un corps-galaxie, parce que mes poumons sont des supernovas et mon palpitant une comète, ça ne fait pas de moi un poète. J’y peux pas grand chose, si parfois je ne parle pas normalement, que j’ai des bouts de rimes et des jeux de mots stupides. Quelqu’un n’aurait probablement pas du m’offrir de dictionnaire plus jeune. Ça m’épuise en ce moment. Mon appartement tout entier disparait sous les livres empruntés à Ezekiel, ceux volés au fil des années, et ces feuilles recouvertes de ratures, ces mots inlassables, cette obsession pour les météores. Ça me rend un peu plus vivant d’être ici. Dans cet appartement, avec cette odeur familière, que j’ai connu presque toute ma vie. Les tonnerres et les hurlements s’apaisent un peu, juste assez pour que la présence d’Ezekiel soit la seule chose qui me parvienne. Parfois c’est pas suffisant, juste un peu, parfois j’ai envie que ça se taise les mots qui tourbillonnent, et pour ça j’ai besoin qu’Ezekiel soit encore plus fort. Est-ce que c’est bizarre, que sa colère m’apaise ? C’est peut-être pour ça que certains pensent que lui et moi on est plus que des amis, qu’on couche ensemble. Comme sa mère. Ils sont sales les gens. Sales de voir uniquement la chair et le cru dans une relation. Lui et moi on vaut mieux que ça. Il mérite le nom des astres en expansion. Rendez nous les soleils de l’enfance. À quel âge le monde a-t-il décidé que nos doigts enlacés n’avaient plus d’innocence ? C’est Ezekiel. Je l’aime comme ça, je l’aime tout court, même si ce ne sont pas les bons mots, parce qu’ils n’existent pas, les mots pour ces sentiments là. Un au dessus de tout. Alors tu peux te brosser Ezekiel, les couettes, elles seront pour moi.
    Ça sent bon dans tout l’appartement, j’ai faim, et cette joie espiègle, l’envie de crier un « c’est toi l’chat » ressurgit d’autrefois, de le tirer sur le canapé pour débattre des nouveautés de la télé, qu’il me montre les livres qui peuplent son monde, et j’ai du mal à tenir en place, et cette euphorie qui se précipite dans mes veines devient torrent, j’ai peur que ça s’arrête. Je suis un être paranoïaque qui ne sait pas profiter de l’instant. Parce qu’au moment où je suis heureux, je panique à l’idée que ça s’arrête. Pardon de ne pas avoir la foi. Elles se détruisent les galaxies, surtout la mienne. Et la tempête s’arrête. Enfin. Je n’ai plus envie de cracher des vers sans queues ni têtes. Il est tout contre moi, ça va mieux, j’existe. Et un sourire qui me chatouille les lèvres. J’en ris doucement, même. Disparues, mes angoisses. « Tu veux surtout ruiner mon mariage oui. » Je pourrais jamais le remercier assez, même si souvent il est un véritable ascenseur émotionnel. La gerbille s’agite, elle ne va plus rester bien longtemps dans ma poche, mais une dernière fois, je la repousse du bout des doigts. Laisse moi juste cet instant là. Ne gâche pas ça. C’est mon retour à la maison, la vraie, pas celle de béton qui essaye d’écorcher le ciel. La pression de ses bras, la prise sur la réalité. Et soudain, cristaux de temps figés dans l’air. Tatoue moi encore des souffles d’espoir. Mes doigts qui cherchent les siens, un peu maladroitement, ça pétille aux coins des yeux, ça pétille sur la langue et dans les sillons de mes paumes, comme des milliers d’aiguilles affolées. J’ai la peau électrique. Des éclats de tonnerres sur l’épiderme, et mes lèvres sur sa joue, juste au coin des lèvres, là d’où viennent les mélodies qui accordent mon palpitant. Et je le repousse tout doucement, tout légèrement. Ça me déchire l’absence de lui, mais j’ai tellement faim que je risque de lui dévorer les doigts. Juste assez pour l’embrasser encore une fois. « Je ne vais nul part. Jamais. Pas sans toi. Sauf, évidemment, si tu te mets entre moi et tes plats. » Parce que oui, ça change tout, ça change beaucoup de choses, mais ça ne nous change pas nous. Pas tant que ça. J’ai mes doigts entrelacés aux siens, mais je te jure Ezekiel que si tu ne t’assois pas pour me laisser manger, ce sera uniquement pour te les briser. Voilà. Je recommence, je mêle les caresse et les fractures. Et même si c’est juste dans ma tête, je m’excuse d’une caresse du bout des doigts et d’une fourchette garnie. Mange.
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MessageSujet: Re: Pour une nuit avec toi. (Isaïe)   Mar 19 Mai - 12:04

Je me sens grotesque à m'accrocher ainsi à lui, je me sens si futile de lui réserver toute mon attention, d'en faire le centre de mon système solaire, je voudrais parfois qu'il en fût autrement. S'attacher à ce point à une autre personne est déchirant, cela vous en rend tributaire, et vous ne pouvez plus vous éloigner. Les voyages fabuleux et les rêves les plus fous se ferment à vous, car vous ne pourrez jamais les concrétiser si cela n'est pas de son goût. J'ai conscience de ma faiblesse, de mon incapacité à vivre seul ; c'est déjà bien que nous ne vivions pas dans le même appartement, ainsi la saveur de la liberté se rappelait à moi. Saurai-je, un jour, m'affranchir de son joug ? J'en doutais. Il n'est pas de ceux dont on se défait impunément. Si jamais j'y arrivais, je m'amputerais certainement d'une partie de moi-même. Je ne désire pas vivre comme un mutilé. Pas alors que je peux subsister à ses crochets.
Ce que j'adore chez Isaïe, c'est qu'il trouve le moyen de me conforter et de me détruire tout à la fois. Il lui suffit de me dire oui, de me donner ce que je veux entendre avant de le reprendre avec violence, et je garde le silence quelques instants, avant de le relâcher et d'aller sagement m'installer à ma place. J'avais faim, de toute façon. Je jette mon regard sur mon assiette encore vide, il est temps que je me serve. Mais dans mon geste, je ne peux m'empêcher de lui murmurer un affectueux :
« Idiot. »
Mais cela ne m'empêche pas tant que cela, de toute façon il ne peut plus s'échapper non plus. A partir du moment où il a mis les pieds dans mon appartement, il est entré sur mon territoire, et ce n'est pas un endroit dont on s'évade. C'est moi qui le laisserais partir. Quand nous en aurons fini, lui et moi - pour le moment, j'ai encore envie de sa présence, j'ai encore besoin de sa présence. Pour alléger un peu l'atmosphère, je préfère lui poser une question anodine.
« Et ta gerbille, elle mange quelque chose ? »
Parfois je l'envie d'être sienne, de pouvoir être toujours à ses côtés, de se balader contre sa peau sans arrière-pensée. J'ai toujours trouvé étrange de constater que depuis qu'Isaïe a cet animal, je fais comme une forme de fixation sur lui. Comme si je rêvais de me réincarner en gerbille. Une affection sincère, qui échappe totalement à tous les préjugés et les fausses idées que les gens se font sur nous - oui, j'aimerais véritablement que les gens nous voient comme cela, comme deux camarades qui partagent un bout d'existence, tout simplement. Personne ne se ferait d'idées sur Isaïe et sa gerbille. Qu'il en a, de la chance.
Moi, c'est dans des moments comme ça que je me sens seul.
« Tu as envie de faire quelque chose en particulier, après ? Quand tu te seras bien rempli la panse. Je t'épargne la vaisselle. »
Je peux la faire demain, de toute façon, il faudra bien que je m'occupe quand il ne sera pas là, et ce n'est pas parce qu'elle traîne toute la nuit dans l'évier que cela va changer grand-chose. Évidemment, je n'ai pas de lave-vaisselle, je n'ai pas les moyens pour en installer dans cette cuisine... en fait, si j'avais les moyens pour en acheter un, j'aurais certainement un appartement plus grand. Mais vu que je n'ai pas vraiment un métier fixe et que je me fais de l'argent on ne sait trop comment, ce n'est pas quelque chose que je peux me permettre. Et puis, c'est bien, parfois, de faire la vaisselle à la main. Cela me permet d'oublier qu'Isaïe est parti... car non, je n'aime pas quand il me quitte. C'est comme si je me trouvais privé d'oxygène, tout à coup, j'étouffe et je me débats. Je suis décidément beaucoup, beaucoup trop accro à lui.
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MessageSujet: Re: Pour une nuit avec toi. (Isaïe)   Mar 26 Mai - 18:18

    Les enfants ont une innocence à la saveur douce amère. Boucles brunes et blondes, cils et bouche en coeur. Douce cruauté de l’innocence. Les mains qui ne tremblent jamais, les sourires et les pleurs avec candeur. Et dans les méandres de mes souvenirs, la candeur garde les traits d’Ezekiel. Oh les sales bambins. Les cris des mères scandalisées et amusées. Les enfants couverts de poussières, nus au centre de l’univers. Petits astres écarlates. Les doigts noués. Le soyeux d’une bouche sur une joue rebondie. Putain. Ça me manque de ne pas l’embrasser et le renverser pour le faire rire, là, au milieu de la rue, sous les regards des passants. Ils ne seraient plus amusés, pas vrai. Je m’accroche à des mots anodins qui se glissent sous ma peau pour y planter leurs crocs. Douleur en palette de couleurs.
    La gerbille en a eu marre. Elle m’a un peu mordu les doigts pour se venger, elle s’est tirée de ma poche, elle a sauté sur la table pour renifler les plats. Bestiaux de malheur. Elle me fait rire parfois. Elle me tient compagnie souvent. J’ai oublié de lui donner un nom pourtant. C’est juste la gerbille, ma colocataire, ma petite protégée, et parfois j’ai l’impression que ce rongeur de quatre-vingt grammes me déteste. Je peux faire avec une souris qui me hait. Ça comble les longues journées où l’imagination s’échappe avec un rire goguenard. Petite boule de chaleur contre la joue à la nuit tombée. La solitude qui grignote comme une petite affamée. Acharnée, acharnée. Et les sursauts au réveil, la bave au coin de la lèvre. Et, même si j’étouffe le souvenir chaque matin, cette seconde douloureuse à chercher vainement dans le creux des draps l’odeur d’Ezekiel. La déception lancinante de ne pas avoir à lui adresser un sourire, lui préparer un repas. Juste la gerbille qui saute et déchire les draps dans son ennui. Elle me tire un sourire parfois. Des larmes aussi. Parce qu’à vingt deux ans, je joue à ne pas être seul.
    Alors je me glisse tout contre Ezekiel en donnant quelques morceaux de légumes à la boule de poils. « Elle mangera tout ce que tu lui donneras, son ventre est un puit sans fond. » J’attrape sa main et y laisse tomber des morceaux du concombre que j’ai découpé un peu plus tôt. Elle se méfie, toujours. Son petit museau qui s’agite, ses pattes griffues sur la paume de mon ami. Elle est adorable, quand je la regarde. Assise sur ses pattes arrières, à fouiner autour d’elle pour un peu de nourriture en plus. Elle va finir par planter ses petites dents dans la paume d’Ezekiel, pour quémander. J’aimerai l’en empêcher, pas qu’elle fasse mal, mais, l’instinct de le protéger. Ça me fascine, pourtant. Le soyeux de l’épiderme de ce garçon que j’affectionne trop, contre le brillant d’une bestiole qui partage mes nuits. C’en est frustrant.
    « Tu as toujours cette vieille console de jeux vidéos ? Je suis sur que je ne suis pas si rouillé que ça. » J’esquisse un sourire, mes doigts repliés en poings inoffensif qui frappe gentiment le coude d’Ezekiel. Je me suis abimé les doigts des milliers de fois, sur les manettes de mon enfance. Elles ont été remplacées par des crayons, et les écrans à pixel par du papier bon marché, du papier volé, déchiré. Mais le creux dans le canapé à mes côtés, c’est toujours ce garçon aux rires un peu carnassier.
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MessageSujet: Re: Pour une nuit avec toi. (Isaïe)   Mer 27 Mai - 19:20

Je voudrais être à mille lieux d'ici, de cette infinie routine, de cette galaxie de misère. Je voudrais que toi et moi, nous soyons des héros, des dieux, des hommes qui peuvent profiter de leur vie sans s'inquiéter du lendemain. Je voudrais que nous n'ayons pas d'inquiétude à avoir vis-à-vis de notre avenir. Je voudrais que l'argent ne se refuse pas à nous, que lorsque je t'invite chez moi, je ne suis pas obligé de dépenser toutes mes économies parce que je veux te faire plaisir, parce que ton sourire vaut plus à mes yeux que ma propre vie ; je voudrais tout cela, je n'ai rien de tout cela. Mais je t'ai, toi, Isaïe. Toi qui est le pivot de mon existence, toi qui animes ma chair inerte d'un unique regard. Est-ce que tu l'entends, le message indicible que j'essaie de te faire passer ? Est-ce que tu comprends à quel point je tiens à toi ? A quel point j'ai besoin de toi ? Est-ce un SOS que je t'envoie, est-ce que j'abuse de ta patience, est-ce que j'abuse de toi ?
Je n'ai pas l'impression de l'ennuyer, Isaïe, je n'ai jamais cette impression. C'est comme s'il était toujours heureux d'être à ma table. Cela me fait plaisir - tout autant que de voir sa gerbille s'approcher de moi, c'est la preuve que nous sommes proches, d'une certaine façon, alors je suis heureux de l'accueillir, quand bien même elle me mord. Je me doute bien que cela ne plaît pas à Isaïe, mais je me mets à rire malgré tout ; elle est sienne, alors il y a très peu de choses qui me dérangent à son sujet. Au contraire, même si effectivement, ses petites dents savent faire mal - je sens la douleur pulser dans ma chair -, je trouve cela mignon. Alors je lui tends quelques morceaux de carotte - après tout, si elle est un puits sans fond, elle avalera bien ce que je pourrais lui donner.
« Tu pourrais l'éduquer un peu mieux, tout de même. » : lancé-je d'un ton malicieux, juste pour l'embêter.
Au fond, moi, la gerbille, je l'aime bien comme ça, elle ne se laisse pas faire au moins.

Ce sera soirée console, donc - car il se trouve que oui, j'ai conservé ma vieille console. Je ne voulais pas nécessairement le faire au départ, mais je n'ai jamais réussi à me résoudre à m'en séparer. Tout simplement parce qu'elle m'évoque beaucoup trop de souvenirs d'Isaïe - de sa candeur originelle, que j'avais parfois l'impression de retrouver dans ce qu'il écrivait, de ses éclats sincères qui traduisaient son amusement - et que je ne pouvais pas m'infliger une telle douleur. J'ai un peu honte de lui admettre que oui, je l'avais conservée à cause de lui. Je me contente donc d'un simple :
« Ouais, elle doit être dans un carton, j'espère juste qu'il ne manque pas un fil... »
Mais bien sûr, je sais très bien que ce n'est pas le cas, je suis beaucoup trop sentimental quand il s'agit de lui, alors forcément, j'ai veillé à ce qu'elle soit bien rangée dans sa boîte. Je me lève, caressant au passage le dos de la gerbille qui continue de se goinfrer adorablement des morceaux qu'on lui laisse subtiliser.
« Je vais la chercher. »
Elle est rangée quelque part au fin fond d'un placard... cela me prend un peu de temps pour la retrouver, et je suis obligé de sortir pas mal de cartons poussiéreux - il faudra que je fasse un peu de ménage demain, en plus de la vaisselle. J'époussette un peu la boîte, que je contemple avec nostalgie et amour avant de retourner vers Isaïe, la lui présentant religieusement.
« Ça fait un moment que je n'ai plus joué, mais ne crois pas que tu vas me battre facilement, j'ai encore beaucoup de souvenirs et quelques talents cachés qui devraient t'impressionner. »
Je me vante, j'ai envie qu'il me réponde que c'est lui qui va l'emporter. J'aime cet esprit de compétition que nous pouvons parfois entretenir, lui et moi. C'est surtout amusant parce qu'au fond, on ne cherche pas véritablement à écraser l'autre, plutôt à devenir plus fort pour que le « combat » devienne encore plus intéressant. Isaïe est mon émule. Celui qui me pousse à aller de l'avant, à avancer toujours plus loin, à me dépasser. Celui que j'admire. J'aime être plus doué que lui, mais j'aime aussi quand il l'est plus que moi.
Oh, comme j'ai hâte de la rebrancher, ma vieille console.
Je vais retomber en enfance.
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Pour une nuit avec toi. (Isaïe)

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